Sur le terrain du soft power religieux, le Maroc est très en avance par ses programmes de formations destinés aux imams d’Afrique subsaharienne et surtout en se positionnant comme un pôle spirituel majeur de la confrérie soufie Tidjania. Abritant le tombeau du fondateur de cette confrérie musulmane très dynamique en Afrique de l’ouest, le Maroc en fait un de ses points de projection de son influence sur le continent africain depuis plusieurs siècles. Il est ainsi rare de ne pas croiser, dans les trois vols quotidiens à partir de Dakar vers Casablanca de la compagnie aérienne marocaine, des voyageurs se rendant à Fès pour un pèlerinage. C’est dire comment et combien cette destination est importante pour les millions d’adeptes de la Tidjania.
Très en retard dans le domaine du soft power sportif, culturel ou religieux, l’Algérie est ainsi en train de vouloir rattraper son retard face à son rival marocain. Entre ces deux pays magrébins, les tensions sont encore tenaces et vivaces avec toujours en toile de fond, le dossier du Sahara occidental. Sur cet épineux dossier, principale priorité et préoccupation de la politique étrangère du Maroc depuis 1975, le Royaume chérifien a obtenu depuis deux ans des évolutions positives en sa faveur. D’abord, par la résolution 2797 rédigée par les États-Unis et adoptée par le Conseil de sécurité avec le plan d’autonomie sous souveraineté marocaine du Sahara occidental qui est présentée comme la solution « la pus réalisable » pour ce territoire. Ensuite, par les ouvertures par beaucoup de pays de consulats dans les villes de ce que le Maroc appelle les « Provinces du Sud ». Même sur la question du Sahel où l’Algérie a longtemps été un des maillons essentiels de la médiation internationale, le Maroc commence à se positionner comme un appui et un allié économique des pays de l’Alliance du Sahel avec l’Initiative Atlantique lancée par le Roi Mohamed VI en novembre 2023.
La confrontation idéologique entre ces deux pays voisins s’est ainsi déplacée dans le domaine religieux, surtout avec la confrérie Tidjania dont l’Algérie réclame aussi la paternité et compte déployer son influence pour contrecarrer l’avancée de son voisin. Créditée de plus de 200 millions d’adeptes, la Tidjania est l’une des plus importantes confréries soufies au monde. Elle a été fondée au 18e siècle par Sidi Ahmed al-Tijani (1737-1815). Né à Aïn Madhi, dans le sud de l’Algérie, il est décédé à Fès au Maroc où se trouve son mausolée qui est un important lieu de pèlerinage. D’où cette bataille entre l’Algérie et le Maroc pour revendiquer la paternité spirituelle et le contrôle diplomatique de la confrérie pour exercer une influence dans les pays subsahariens comme le Sénégal, le Mali, le Niger ou le Nigeria. Depuis quelques années, l’Algérie a intensifié les liens religieux avec ses pays avec des visites de part et d’autre. Chérif Sidi Ali Bel Arabi At Tidjani, khalife général mondial de la Tidjania de Aïn Madhi d’Algérie effectue des voyages fréquents au Sénégal, le dernier date de février 2026. Le récent voyage au mois de mai à Alger du Khalife de la Faydha Tidjania, Cheikh Mouhamadoul Mahi Ibrahima Niass, où il a été reçu par le Président algérien Abdelmadjid Tebboune, montre clairement que ce pays ne compte pas laisser à son rival et voisin le terrain du soft power religieux en Afrique subsaharienne. La Faydha Tidjania de Médina Baye détient une influence religieuse et sociale dans tout l’espace ouest africain et surtout au Nigeria, plus grand pays sur le plan économique et démographique de la Cedeao. Ainsi, au-delà de la question du Sahel, la diplomatie religieuse n’est pas à la périphérie dans la rivalité-dualité entre l’Algérie et le Maroc…
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