Selon un récent rapport d’Afrobarometer publié en juin, 65% des Africains préfèrent le financement du développement par des ressources internes, contre 30% favorables à un recours au financement extérieur. L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale sont en tête pour ce qui est de la première option, avec respectivement 69 et 76% d’avis favorables. Elles sont suivies de l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Est (63% chacune) et de l’Afrique australe (60%).
Selon le sondage, repris par l’agence Ecofin, le niveau d’instruction des citoyens semble influencer notablement leur avis sur la question de l’autofinancement. Parmi les personnes sans éducation formelle, 61% sont favorables, contre 70% chez les individus qui ont le niveau post-secondaire.
Un autre intérêt du rapport : les perceptions selon les groupes linguistiques, qui sont plus ou moins liées à un passé colonial. Ainsi, dans les pays d’Afrique francophone, 71% des sondés sont favorables à un financement à partir des ressources internes, contre 64% dans les pays anglophones et 48% chez les lusophones. Est-ce lié, pour ce qui est de l’Afrique francophone, à la montée du sentiment anti-français noté ces dernières années, selon lequel l’ancienne puissance colonisatrice serait facteur de retard économique ? Même si cette question n’est pas abordée, on note de façon globale un taux élevé en faveur de l’autofinancement du développement de l’Afrique, qui a besoin annuellement de plus de 1300 milliards de dollars pour atteindre les Objectifs de développement durable (Odd).
C’est connu, le financement interne à travers l’impôt et l’épargne représente un potentiel phénoménal pour le continent. Mais il bute sur la mobilisation fiscale (le ratio moyen impôts/Pib en Afrique se situe entre 15 et 18%, en deçà de la moyenne mondiale, les pays de l’Ocde flirtant avec les 33 et 34%).
Pour combler le gap de 400 milliards de dollars annuels pour son développement, le continent dispose d’un matelas assez conséquent : l’épargne locale, estimée à 4000 milliards de dollars, mais, comme le dit le Togolais Didier Acouetey, fondateur du cabinet-conseil AfricSearch, faudrait-il d’abord fédérer ces ressources fragmentées (fonds de pension, assurances, réserves) pour financer directement les économies et entrepreneurs africains.
La Banque africaine de développement (Bad) espère trouver la bonne formule à travers sa Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (Nafad), dirigée par M. Acouetey, avec l’ambition de mobiliser près de 4000 milliards de dollars d’épargne africaine pour financer le développement du continent.
C’est seulement en s’appuyant sur ses propres ressorts que les concepts d’indépendance et de souveraineté, qui assurent une autonomie financière permettant de décider par et pour soi-même, auront un sens. La meilleure façon de réduire la vulnérabilité face à la dette extérieure passe par cette mobilisation de l’épargne locale, dans un environnement de stabilité macroéconomique. En protégeant le capital, on réduit la dilution de la propriété et le risque de voir son économie contrôlée par des investisseurs étrangers.
Compter sur ses propres forces pour financer le développement sous-entend également s’affranchir de l’aide publique au développement de plus en plus décriée. Les conditionnalités des bailleurs de fonds sur la façon d’utiliser cette aide passent très mal dans des pays comme le Sénégal (73%), le Niger et en Tunisie (70% chacun), alors que ce rejet est moins fort en Sierra Leone (37%), au Liberia (39% et en Angola (42%), selon le rapport d’Afrobarometer.
Pour atteindre l’autofinancement du développement, il faut surtout, à côté des difficultés de mobilisation de l’épargne et de l’impôt, lutter contre la fuite des capitaux qui se manifeste sous plusieurs formes (corruption, flux financiers illicites, fraude et évasion fiscales, exportation frauduleuse de produits extractifs tels que le pétrole et les minerais).
Selon l’Onudi, l’Afrique perd environ 88 à 89 milliards de dollars par an en raison des flux financiers illicites, soit 3,7 de son Pib et plus que l’aide publique au développement qu’elle reçoit. Une saignée préjudiciable.
malick.ciss@lesoleil.sn

