John Terry est un sympathisant de l’extrême droite britannique. La confirmation des idées extrémistes de l’ancien capitaine emblématique du club anglais de Chelsea FC et de la sélection anglaise a fait l’effet d’une bombe dans le paysage du football mondial, souvent réputé pour porter des valeurs progressistes.
L’affaire a commencé le 27 avril sur Instagram, après un commentaire approuvant un message de Rupert Lowe, fondateur du parti nationaliste « Restore Britain », hostile à l’immigration et attaché aux valeurs chrétiennes et nationales. Terry, 45 ans, a répondu « 100% yes » à une publication appelant une hostilité à l’Islam, à supprimer les aides aux étrangers et à expulser les migrants sans ressources. L’engagement de John Terry en faveur de l’extrême droite britannique peut être mis en opposition avec celui du joueur français Kylian Mbappé qui, récemment, dans les colonnes du magazine Vanity Fair, a estimé que l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite serait une mauvaise nouvelle pour son pays.
On peut citer également le Brésilien Socrates, figure emblématique des sélections de 1982 et 1986. Surnommé « le Docteur » en raison de son diplôme de médecine, il était connu pour son engagement en faveur de la démocratie et contre la dictature militaire qui sévissait alors en Amérique latine. Le frère de Rai, ancien joueur du Paris Saint-Germain et champion du monde en 1994, a consacré une partie de sa vie à la défense des plus faibles, à la promotion d’une plus grande équité et de davantage d’égalité dans le monde.
Plus proche de nous, Sadio Mané, double champion d’Afrique avec le Sénégal, s’est lui aussi beaucoup investi dans le social et le bien-être des populations de sa localité d’origine, Bambali, mais également dans plusieurs autres zones du Sénégal. En 2022, l’international sénégalais est devenu le premier lauréat du prix Socrates, créé par le magazine français France Football pour récompenser l’engagement des footballeurs dans des « projets sociétaux, caritatifs ou de développement communautaire ».
L’opposition politique dans le sport, le football n’en est pas une exception. Des Jeux olympiques instrumentalisés par des régimes politiques, ceux de 1936 pour glorifier Adolf Hitler et le nazisme, aux célèbres poings gantés et levés de Tommie Smith et John Carlos à Mexico en 1968 pour dénoncer le racisme aux États-Unis, les exemples abondent.
Mis à part quelques cas, comme celui de l’Italien Paolo Di Canio, affichant fièrement son penchant pour le fascisme, les démonstrations d’idées d’extrême droite dans le football se limitaient souvent aux tribunes. En France, certaines tribunes du Parc des Princes et du stade de Gerland, à Lyon, ont longtemps eu une réputation sulfureuse.
Désormais, cette progression ne se matérialise plus seulement à travers d’anciennes vedettes comme John Terry. Lucas Chevalier, l’un des gardiens du PSG, avait ainsi « liké » une publication favorable au RN. Le latéral et capitaine du Real Madrid CF, Dani Carvajal, ne cache plus sa sympathie pour « Vox », le parti d’extrême droite espagnol. Il en est de même de l’international italien Gianluigi Buffon, soutien de la Première ministre d’extrême droite Giorgia Meloni.
La progression de l’extrême droite en Europe touche désormais tous les milieux, y compris le football. Alors que la Fifa impose une stricte neutralité politique sur les terrains, le sport est devenu, dans certains cas, une tribune idéologique parfois plus influente que les parlements. Serions-nous à l’orée d’une séquence historique inversée ? Dans l’Antiquité, à l’époque des jeux romains et des arènes, certaines figures s’étaient distinguées en choisissant de défendre les plus faibles et de s’opposer aux tyrannies. On évoque notamment Spartacus qui, sous l’Empire romain, mena une révolte devenue un symbole universel de résistance face à l’oppression et une source d’inspiration pour tous ceux qui aspirent à davantage de justice. Désormais, les choses semblent s’être inversées.
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