Depuis quelques jours, un événement est sur toutes les lèvres : la foire de Maman Vulgaire. La célèbre tiktokeuse (1 million 200 mille abonnés) a quitté le terrain des réseaux sociaux pour un terrain bien réel : l’esplanade du Stade Léopold Sédar Senghor. La jeune femme a organisé une foire prévue du 10 au 26 mai 2025. Cet événement inédit réunit de nombreux exposants venus vendre des produits destinés surtout aux préparatifs de la Tabaski : vêtements, chaussures, cosmétiques, accessoires, décoration, etc.
Avec plus d’une centaine d’exposants, cette foire rassemble une nouvelle génération d’entrepreneurs dont la notoriété s’est d’abord construite sur TikTok, Facebook, Instagram ou Snapchat. Beaucoup de ces vendeurs ne sont pas issus des circuits commerciaux classiques : leur première vitrine est numérique, leur premier outil marketing est le live, et leur premier réseau de clientèle est constitué d’abonnés fidèles qui suivent quotidiennement leurs contenus.
Durant la foire, cette communauté virtuelle devient physique. Chaque jour, les stands sont remplis par des clients venus rencontrer des vendeurs qu’ils connaissent déjà à travers les vidéos, les directs et les publications sur les réseaux sociaux, mais aussi découvrir de nouveaux entrepreneurs. Ce phénomène montre à quel point la relation créée en ligne peut générer une véritable économie réelle. Les abonnés ne viennent plus seulement acheter un produit ; ils viennent voir une personnalité, soutenir une entrepreneure qu’ils suivent depuis des mois, voire des années.
L’événement met également en lumière le rôle central des lives dans cette nouvelle dynamique commerciale. Depuis leurs stands, les exposants diffusent en direct, présentent leurs produits en temps réel, montrent l’ambiance de la foire et attirent immédiatement des visiteurs. Le live devient alors à la fois un outil publicitaire, un canal de vente et un moyen d’interaction directe avec la clientèle.
Cette foire révèle aussi un changement important : des entrepreneurs longtemps « connus uniquement du virtuel » se confrontent désormais au public réel. Pour beaucoup, il s’agit d’un test de crédibilité. La rencontre physique permet aux clients de vérifier la qualité des produits, l’authenticité de la personne derrière l’écran et la solidité de la marque personnelle construite en ligne. Ce passage du numérique au réel contribue à professionnaliser ces activités souvent perçues auparavant comme informelles ou limitées aux réseaux sociaux.
Autre aspect majeur : le réseautage entre entrepreneurs. La foire agit comme un espace de collaboration entre créateurs de contenus, commerçants et influenceurs. Des partenariats naissent sur place, des ventes croisées se développent et certains exposants profitent de la visibilité d’autres figures plus populaires pour élargir leur clientèle. Cette solidarité numérique devenue physique crée une forme d’écosystème entrepreneurial où chacun bénéficie de la communauté de l’autre.
Au-delà de l’aspect commercial, la foire de Maman Vulgaire symbolise ainsi l’émergence d’une économie d’influence sénégalaise. Une économie portée principalement par des battants qui transforment leur visibilité sur les réseaux sociaux en activité économique concrète, capable de mobiliser des foules et de générer d’importants revenus.
Ils font vivre l’économie numérique, chacun à leur manière, avec des stratégies qui leur sont propres. Leur priorité reste simple : gagner en visibilité et vendre. Il serait peut-être temps de s’inspirer de ces modèles bien de chez nous qui, pour la plupart, n’ont pas fait d’études poussées et encore moins d’études en marketing digital.
Arame NDIAYE

