Dimanche dernier, à la surprise générale, on apprend le décès d’Alé Lô à l’hôpital Principal de Dakar, à l’âge de 77 ans. L’homme n’était pas un inconnu sur la scène médiatique sénégalaise. Son engagement pour son terroir, Taïba Ndiaye, où il fut successivement président de communauté rurale puis maire pendant plus de trente ans, l’avait rendu familier.
D’ailleurs, un hommage lui avait été rendu quelques semaines auparavant par son successeur et l’ensemble de l’équipe municipale de cette collectivité territoriale de Tivaouane. Le nom d’Alé Lô était viscéralement lié à Taïba Ndiaye, à l’image d’un Mbaye Jacques Diop à Rufisque, d’Abdoulaye Diack à Kaolack ou encore de Robert Sagna à Ziguinchor. Comme ces derniers, il aura contribué à faire du développement local une réalité en accompagnant tous les programmes de décentralisation. Ancien président de l’Union des associations des élus locaux, l’homme a participé à plusieurs rencontres ayant abouti à la mise sur pied d’importantes réformes. Il sera coopté dans le comité scientifique chargé d’élaborer la loi sur la décentralisation en 1995.
Son expérience dans la gestion des communes, sa maîtrise des textes et des finances locales faisaient de lui un expert en la matière. Le développement des territoires lui tenait à cœur et il avait contribué à faire naître des vocations un peu partout au Sénégal. Aujourd’hui, beaucoup de maires ou d’élus locaux ont bénéficié de son expérience et de ses conseils, car il aimait partager ses idées, surtout avec les plus jeunes. Alé Lô était aussi de la trempe de ces célèbres hommes politiques qui avaient fini par se construire une solide base affective. Incontournable dans le département de Tivaouane, il fut, à un moment donné de sa vie, convoité par de grandes formations politiques telles que le Parti socialiste et le Parti démocratique sénégalais.
Cette assise politique lui a permis de bénéficier de plusieurs mandats à l’Assemblée nationale sénégalaise. Il y participera à quatre, voire cinq législatures, faisant de lui l’un des députés les plus expérimentés du pays. M. Lô achèvera sa mission parlementaire en tant que vice-président de l’institution. « Il était toujours à la recherche de consensus », témoigne l’ancien député et président de la commission des lois, Seydou Diouf, qui lui voue un immense respect. On ne peut aimer les territoires sans aimer l’agriculture. L’ancien maire de Taïba Ndiaye était agriculteur. En tant qu’ingénieur et l’un des premiers cadres ruraux, il accordait une grande importance au monde rural. Lui-même propriétaire terrien, il ne cessait d’aller à la rescousse des paysans dans le désarroi. Enfin, Alé Lô était aussi un talibé tidiane confirmé.
À chaque Gamou ou événement religieux à Tivaouane, on le voyait prêter main forte à la famille d’El Hadj Malick Sy, à laquelle il était lié depuis longtemps. L’une de ses épouses est d’ailleurs la fille de Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amine. Les fils de ce dernier le considéraient comme leur grand frère. Dans sa maison à Hann Maristes, la photo d’Al Amine était visible dans le salon comme dans le bureau de l’ancien maire. Durant toute sa vie, Alé Lô aura prouvé sa fidélité à son pays, à Taïba Ndiaye et à sa belle-famille de Tivaouane, jusqu’à son dernier souffle. C’est aussi cela, le legs du disparu.
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