Dans le cadre de la célébration, cette année, du centenaire de l’ancien Chef de l’État sénégalais, Me Abdoulaye Wade, de nombreuses voix saluent son ouverture d’esprit, sa vision d’une société plus égalitaire et sa capacité à prendre en compte les défis contemporains.
L’une des illustrations, la promulgation de la loi instituant la parité absolue dans les assemblées électives et semi-électives sous son magistère, en 2010. Le décret d’application a été signé en 2011. Grâce à son entregent, des organisations de défense des droits des femmes ont pu obtenir gain de cause. Le Conseil sénégalais des femmes (Cosef) et le Caucus des femmes leaders se sont majestueusement distingués dans cette lutte pour une meilleure représentation politique féminine. Avec cette disposition législative, les femmes disposent désormais d’un arsenal juridique leur permettant de mieux s’imposer dans les instances électives et de bénéficier d’une meilleure participation aux processus de prise de décision.
Aujourd’hui, des mouvements féminins jugent nécessaire de rendre un hommage mérité à l’ancien chef de l’État, qui fête, cette année, ses 100 ans. Me Wade, juriste, reconnu par ailleurs pour ses idées progressistes, mérite, à leurs yeux, une fière chandelle. Il a eu le courage de matérialiser une revendication portée pendant de longues années par les organisations féminines, qui s’attendent à un élargissement de cette loi au niveau des instances nominatives.
À l’époque, des critiques avaient toutefois afflué, estimant que le chef de l’État versait dans le saupoudrage à travers une loi jugée inopportune. Selon ses détracteurs, loin de promouvoir l’excellence, la compétence et le mérite, cette réforme risquait d’encourager la médiocrité en mettant en avant des femmes qui n’ont pas le profil de l’emploi. Me Wade cherchait simplement, à leurs yeux, à séduire l’électorat féminin à travers une loi qu’ils considéraient comme inapplicable.
« La parité introduite, au départ, par Me Wade relevait de l’escroquerie politique, dans l’unique but d’arnaquer et de manipuler une partie importante de la junte féminine afin de l’amener à défendre sa cause, voire à rejoindre son parti ou soutenir son action politique », indiquait alors une des voix discordantes.
Au fil des ans, la présence soutenue des femmes à l’Assemblée nationale a cependant fait tache d’huile. Beaucoup se donnent les moyens d’imposer davantage la voix féminine au sein de l’institution parlementaire. Le Sénégal se classe, sur le plan mondial, en meilleure position en termes de représentativité féminine à l’Assemblée nationale. Me Wade mérite cet hommage d’autant plus que des revendications féminines sont souvent reléguées aux oubliettes.
En témoigne la réforme du Code de la famille, réclamée depuis des années par les militants des droits des femmes. Malgré les réajustements suggérés afin de mieux conformer ce texte aux réalités actuelles, il est arrivé que les pouvoirs publics restent silencieux ou n’inscrivent pas cette importante revendication parmi leurs priorités.
Le plaidoyer des forces conservatrices ne facilite d’ailleurs pas toujours la tâche aux autorités étatiques. En dépit des efforts déployés pour l’autonomisation des femmes, la famille sénégalaise reste confrontée à diverses mutations. D’où cette nécessité de réactualiser certains textes législatifs dans le souci d’instaurer une véritable harmonie familiale.
Dans leur plaidoyer, les femmes rappellent toujours qu’elles ne cherchent aucunement à imposer des lois non adaptées aux réalités locales. Dans une démarche synergique, elles continuent d’associer toutes les composantes de la société à la réflexion afin de corriger les imperfections de ce Code de la famille, considéré comme un texte de consensus lors de sa promulgation en 1972. Si ce code a permis à la femme de devenir un véritable sujet de droit, selon des experts, il comporte néanmoins près d’une trentaine de dispositions qui ne sont plus en conformité avec les conventions ratifiées par le Sénégal et les réalités socioéconomiques. Habitués aux hostilités, les militants de la cause féminine ne déchantent pas. Elles gardent en mémoire les rumeurs entourant la promotion de la planification familiale dans notre pays, il y a quelques années.
Dire qu’elles ont réussi, au finish, à insuffler de nouveaux modèles comportementaux privilégiant avant tout la santé de la femme et de l’enfant. Pour avoir su faire d’une grande intelligence, Me Abdoulaye Wade inscrit durablement son nom dans la postérité et demeure, pour beaucoup, une source d’inspiration pour les gouvernants actuels. matel.bocoum@lesoleil.sn


