Faut-il interpeller les médias sur ce débat permanent et souvent stérile qui fait de la logorrhée politique l’un des contenus les plus présents dans leurs espaces, au détriment d’un discours davantage tourné vers le travail, l’effort et la construction nationale ? Faut-il également questionner leur responsabilité dans la marche du pays et dans l’entretien d’un débat politique et politicien qui semble ne jamais s’interrompre ? Ces interrogations, parmi tant d’autres, révèlent, aujourd’hui, l’urgence de repenser les contenus médiatiques et les productions quotidiennes des rédactions, à une époque où les médias ne détiennent plus le monopole de l’information. Certes, les plateformes numériques offrent aux citoyens des possibilités inédites d’accès et de diffusion des contenus. Toutefois, elles ne garantissent ni la fiabilité ni la crédibilité des informations qu’elles véhiculent.
Restons fidèles aux enseignements fondamentaux du journalisme : sa matière première demeure le fait. Or, le journaliste ne fabrique pas les faits ; il ne les invente pas. Il est le relais des acteurs qui animent les différentes sphères de la vie politique, économique, sociale et culturelle. C’est à partir de leurs déclarations, de leurs décisions ou de leurs actions qu’il puise la substance nécessaire pour informer, expliquer, décrypter, contextualiser et analyser.
C’est précisément parce qu’il occupe une position centrale dans la collecte, le traitement et la diffusion de l’information que le journaliste est fondé à l’examiner avec rigueur et esprit critique. Il le fait en sachant que son lecteur, son auditeur ou son téléspectateur peut, lui aussi, porter un regard éclairé et formuler une analyse pertinente.
Dans ces conditions, il serait malvenu de reprocher à un journaliste ou à un média d’avoir largement relayé la conférence de presse de l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko au lendemain de la formation du nouveau gouvernement. Il serait tout aussi contestable de lui dénier le droit d’en tirer des enseignements ou d’en explorer les conséquences possibles, même lorsque celles-ci paraissent prématurées.
En quête permanente de matière informative, les médias ne peuvent s’affranchir des déclarations des responsables politiques ou des personnalités de premier plan, même lorsque celles-ci n’apportent qu’une contribution limitée à la marche du pays. De la même manière, il paraît illusoire de leur reprocher sans cesse de couvrir les mêmes événements et de diffuser des informations similaires. Les médias les plus exigeants s’efforcent néanmoins de se distinguer par la qualité de leurs reportages, de leurs enquêtes et de leurs articles de fond ancrés dans nos réalités, nos cultures et notre histoire. Une telle ambition suppose cependant des moyens financiers conséquents ainsi qu’un investissement continu dans la formation des professionnels.
Le journalisme dit orthodoxe doit aujourd’hui se réinventer, non pour renier ses principes, mais pour mieux répondre aux défis de son temps. Il lui appartient non seulement de renforcer la qualité de son offre éditoriale, mais aussi d’amener ses acteurs à jouer pleinement leur rôle dans l’orientation du débat public. En tant que producteur d’opinions et vecteur d’une réflexion collective, il lui revient parfois de fixer le tempo, de hiérarchiser les enjeux et d’éclairer les choix des gouvernants comme ceux des citoyens.
Cela implique de replacer les déclarations politiques à leur juste mesure et d’accorder davantage d’espace aux initiatives porteuses, aux réussites individuelles et collectives, aux innovations et aux expériences inspirantes. Tous les citoyens, quels que soient leur secteur d’activité ou leur niveau de responsabilité, méritent de voir leurs contributions reflétées dans les médias.
Faut-il pour autant instaurer un « Stop Blabla », comme le préconise une organisation engagée dans la promotion d’« une information qui construit » ? Nous ne le pensons pas. Le « blabla », pour reprendre cette expression, constitue souvent la matière première du journaliste. L’enjeu n’est donc pas de le supprimer, mais de savoir le transformer, l’interroger, le confronter aux faits et le mettre au service de l’intérêt général afin d’en faire une information utile et crédible.
Nous rejoignons en revanche la fondatrice de cette organisation, la Tchadienne Aché Adoum Attimer, lorsqu’elle affirme que « l’information a un pouvoir, et ce pouvoir est mal utilisé ». Cette réflexion interpelle directement les professionnels des médias. Elle les invite à revenir aux fondamentaux de leur métier, car, en définitive, il est impossible de réinventer la roue. De nombreux concepts émergent aujourd’hui pour qualifier ou appeler de leurs vœux un renouveau du journalisme. Pourtant, l’essentiel de ces principes est enseigné depuis longtemps dans les écoles et instituts de formation. Plus qu’une révolution des concepts, c’est peut-être une réappropriation exigeante des fondamentaux qui s’impose.
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