Les Sénégalais ont célébré, dimanche dernier, la fête des mères. Cette journée a été l’occasion de rendre hommage à ces vaillantes femmes, premières figures d’attachement et piliers de toute société humaine. Les spécialistes l’ont souligné à maintes reprises : elles sont au cœur du développement et inspirent un profond respect des droits des femmes.
Mais cette célébration a également permis de mettre en lumière leur rôle de dirigeantes du monde, au-delà de leur fonction reproductive. Ce n’est pas fortuit si certains écrivains sont allés jusqu’à affirmer que ce sont les mères qui gouvernent le monde et continueront à le faire malgré leurs multiples responsabilités sociales et professionnelles.
Elles n’ont pas eu besoin de s’approprier des attributs traditionnellement masculins pour montrer la direction à leurs communautés. Elles ont su mettre en valeur leur sensibilité, leur capacité de transmission et leur leadership pour orienter la société vers la voie du progrès et du bien-être collectif.
L’expression « c’est la mère qui gouverne le monde » trouverait son fondement dans un poème de l’écrivain américain William Ross Wallace, écrit en 1865 et intitulé The Hand That Rocks the Cradle Is the Hand That Rules the World, littéralement « La main qui balance le berceau est la main qui gouverne le monde ».
Ce texte souligne que, même si les hommes ont incarné le pouvoir politique dans de nombreuses régions du monde, la contribution des femmes est considérable et mérite d’être pleinement valorisée. Les femmes, notamment les mères, façonnent l’esprit, les valeurs et le caractère des futurs dirigeants ainsi que de l’ensemble de la société. Elles ont ainsi toujours exercé, directement ou indirectement, une influence sur l’humanité.
Pour l’universitaire sénégalais Makhtar Diouf, plusieurs chercheurs ont confirmé cette réalité. « On en trouve vérification en Afrique, mais aussi dans l’histoire politique de bon nombre de pays européens à l’époque des reines mères », indique-t-il dans l’un de ses ouvrages.
Dans ses travaux, notamment L’Unité culturelle de l’Afrique noire et Nations nègres et culture, l’anthropologue et historien Cheikh Anta Diop souligne l’importance de l’institution du matriarcat comme fondement de l’organisation sociale dans l’Égypte ancienne et dans plusieurs sociétés d’Afrique noire.
Il met ainsi en avant le rôle politique majeur de la femme, qui a longtemps porté la couronne durant certaines périodes précoloniales. Loin d’être un personnage mineur, elle a toujours représenté un modèle de transmission des valeurs, de la lignée et des droits.
À l’image des reines mères en Europe, des femmes africaines ont exercé un pouvoir politique et social considérable. D’ailleurs, le titre de « reine mère », plus connu dans les pays occidentaux où il correspond à une véritable fonction d’État, a également occupé une place importante en Afrique.
Dans un document de seize pages intitulé « le rôle des reines mères en Afrique », il est indiqué que ce concept trouverait ses origines sur le continent africain, notamment en Égypte pharaonique.
Un regard sur l’histoire des grands empires africains permet de mesurer l’importance de cette institution. Au Ghana, la reine mère, connue sous l’appellation d’Asantehemaa, disposait du pouvoir de désigner le roi, appelé Asantehene.
Il est également souligné que « les reines mères possédaient des symboles d’autorité, dont le plus important était le Siège, un trône sculpté et décoré d’or. Bien qu’il existe des reines mères au sein de plusieurs chefferies et États de l’ancien Empire ashanti, le titre d’Asantehemaa était réservé à la reine mère appelée à régner aux côtés de l’Asantehene, l’Empereur Ashanti ».
Il est aussi indiqué que Yaa Asantewaa a mené la dernière grande guerre de résistance contre les Britanniques en 1900.
Au Sénégal, des royaumes comme celui du Cayor ou du Jolof ont connu l’apogée des Lingeer. Elles disposaient d’une influence politique majeure, de terres et de leurs propres armées. Elles jouaient un rôle important, quoiqu’il existe une différence avec les reines mères d’Europe, dans des sociétés structurellement patriarcales.
Mais en renforçant les institutions patriarcales dans plusieurs pays africains, le colonisateur a fini par modifier profondément la position de la femme et à réduire progressivement son influence dans les sphères du pouvoir.
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