La visite du président du Somaliland, Abderrahmane Mohamed Abdullahi, en Israël le 14 juin dernier, pourrait redessiner la reconfiguration géopolitique de la Corne de l’Afrique.
Cette visite, qui a aussi coïncidé avec l’ouverture de l’ambassade du Somaliland à Jérusalem, capitale de l’État hébreu, vient marquer une diplomatie offensive de la République autoproclamée du Somaliland. L’ancienne région du Nord de la Somalie sous domination britannique, a déclaré son indépendance en 1991, suivie d’un référendum tenu en 2001.
En décembre de cette même année, Israël est devenu le premier pays membre des Nations unies à franchir le pas. Depuis cette date, le Somaliland, en quête de reconnaissance internationale, a multiplié les initiatives diplomatiques. Une offensive qui a abouti à des accords commerciaux avec l’Éthiopie en janvier 2024. Ces accords sont vus par les autorités de Hargeisa, capitale du Somaliland, comme la première étape d’une reconnaissance diplomatique de la part de l’Éthiopie.
Cet accord permet à l’Éthiopie d’obtenir un accès stratégique à la mer Rouge via le port de Berbera, en échange d’une potentielle reconnaissance diplomatique du Somaliland. Un accord dénoncé par Mogadiscio, qui considère cet acte comme une violation flagrante de sa souveraineté et de son intégrité territoriale.
Ce rapprochement d’Israël avec le Somaliland a fait l’objet, en décembre, d’une condamnation de la Somalie, de l’Union africaine et d’une dizaine de pays musulmans, parmi lesquels l’Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar, qui craignent de voir l’émergence de nouveaux mouvements sécessionnistes.
Les Émirats arabes unis et l’Éthiopie, qui ont signé des accords d’investissements portuaires avec Hargeisa ces dernières années, sont quant à eux restés silencieux. Ce rapprochement d’Israël avec le Somaliland, pour les spécialistes, se déroule dans un contexte de fortes tensions avec les Houthis au Yémen. Une situation qui permet à l’État hébreu d’avoir un point d’ancrage dans le détroit de Bab el-Mandeb, porte d’entrée vers la mer Rouge.
Le journal Somali Guardian a rapporté qu’Israël avait ouvert une base de renseignement au Somaliland et que des discussions étaient en cours concernant l’éventuelle implantation d’une base militaire israélienne. Un moyen pour Israël d’avoir un point d’appui dans la région pour frapper les troupes houthis qui bloquent le fret vers le port d’Eilat dans le sud d’Israël. La Corne de l’Afrique est devenue un élément central pour les grandes puissances soucieuses de prendre pied dans les zones stratégiques de la mer Rouge et de l’océan Indien.
Ainsi, le jeu des grandes puissances dans la Corne de l’Afrique se fait à coups de politique d’influence, d’alliances militaires et politiques. Djibouti accueille, en effet, des bases militaires françaises, américaines et chinoises, entre autres, tandis que les gouvernements turc et émirati tentent d’établir des bases militaires en Somalie. La Russie entend aussi établir une implantation militaire en mer Rouge sur la côte du Soudan. D’après les révélations du Monde Afrique, les États-Unis ne cachent pas leur volonté de trouver une solution de substitution à Djibouti, où la base américaine côtoie d’un peu trop près, au goût de Washington, la première base militaire ouverte par la Chine à l’étranger, en 2017.
Cela pourrait remettre en cause la volonté de réunification de la Somalie, divisée en plusieurs entités : le Puntland, le Somaliland et le Jubaland. En outre, le Somaliland veut tirer profit de sa situation stratégique pour obtenir des gains diplomatiques comme la reconnaissance des États-Unis en intégrant les accords d’Abraham en échange de sa reconnaissance internationale. La Somalie voit dans ce positionnement une menace pour la réunification du pays avec le risque d’une plus grande balkanisation de l’Afrique de l’Est.


