L’enseignement supérieur en Afrique connaît une croissance rapide depuis 2000. Toutefois, cette croissance ne va pas sans problèmes. Selon l’Unesco, « avec plus de 400 millions de jeunes âgés de 15 à 35 ans, l’Afrique dispose d’un potentiel qu’elle peut exploiter pour stimuler la croissance et l’innovation ». Non sans préciser que de nombreux obstacles persistent : faibles taux d’inscription dans l’enseignement supérieur, décalage entre les programmes d’enseignement et la demande sur le marché du travail, et un manque de représentation des femmes dans les universités et à des postes de direction dans les établissements d’enseignement supérieur africains, en particulier dans les domaines des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (Stim), etc. (Cf. Unesco : Ce qu’il faut savoir de l’enseignement supérieur en Afrique, 20 décembre 2024. https://www.unesco.org).
Quoi de plus étonnant que le continent soit sous-représenté dans le classement mondial des universités (Qs world university ranking). En 2024, par exemple, le continent ne comptait que 40 représentants dont des pays anglophones et arabophones. L’Afrique subsaharienne francophone n’enregistre aucun représentant au classement. (Cf. Ecofin : Les 40 meilleures universités africaines en 2025, selon le Qs ranking, 6 juin 2024). Elles sont désignées sur la base d’une dizaine d’indicateurs, dont la réputation académique, l’employabilité des diplômés, le ratio étudiants-professeurs, les publications scientifiques et la durabilité. Des critères que peu d’universités africaines peuvent remplir, eu égard à la massification et à la faiblesse des moyens alloués aux universités. Pire, l’enseignement supérieur africain peine à jeter les bases d’une vraie relation avec la société – dont elle est pourtant l’émanation – afin de résoudre la question de l’emploi. Par une analyse historique et sociologique du curriculum universitaire, Félix-Marie Affa’a et Therese Des Lierres, ont essayé d’identifier les raisons des échecs des réformes entreprises depuis 1968 dans deux universités d’État africaines : l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal) et l’Université de Yaoundé (Cameroun). Ils proposent alors la transformation en profondeur de l’enseignement supérieur et de la recherche universitaire, en insistant sur le partenariat entre les universitaires, les acteurs du monde rural et ceux de l’économie informelle dans la recherche des solutions aux problèmes auxquels sont confrontées ces couches sociales les plus touchées par la pauvreté. (Cf. Félix-Marie Affa’a et Therese Des Lierres : L’Afrique Noire face à sa laborieuse appropriation de l’université : les cas du Sénégal et du Cameroun. L’Harmattan. Les Presses de l’université Laval, juillet 2002)
En fait, de nombreux programmes de nos universités n’ont souvent rien à voir avec nos réalités. Évoluant dans un système extraverti, nos États ne sont toujours pas parvenus à mettre la créativité au coeur de l’éducation. Le système, hérité du colonialisme, est fait en sorte que nous ne puissions rien fabriquer. Ce qui ne peut en aucun cas offrir de réelles perspectives à nos jeunes.
Par exemple, dans le domaine de la santé, le continent n’arrive même pas à créer les médicaments dont ont besoin ses habitants. Paradoxalement, presque tous les médicaments sont faits à base de plantes. Pourtant, l’Afrique dispose d’une biodiversité extraordinaire. Mieux, il a été démontré qu’au moins 70 % des Africains, en zone rurale et parfois en zone urbaine, se soignent traditionnellement, c’est-à-dire en dehors de la médecine conventionnelle. (Cf. Elie Claude Ndjitoyap Ndam : Médecine africaine et médecine moderne : les défis d’une nécessaire coexistence. Revue Hegel 2021/4 N° 4, pages 351 à 355. Éditions Associations de la Revue Hegel). Ce qui est valable pour la santé l’est évidemment pour les autres domaines.
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