Le feuilleton d’un vagabondage aux allures de dépravation des mœurs continue de tenir en haleine l’opinion publique sénégalaise. Il se déroule au gré des révélations d’un dossier judiciaire impliquant un réseau d’homosexuels, accusé d’être un vecteur de propagation du sida dans notre pays. On n’en finit pas d’écarquiller les yeux. La stupeur est le sentiment le mieux partagé. L’étonnement va croissant.
Si, pour certains esprits, la liberté sexuelle entre adultes consentants est protégée par le droit à la vie privée, une partie de la société sénégalaise peine à s’adapter à ce schéma. Elle reste attachée à des valeurs qui fondent son identité et sa singularité dans un monde en profonde mutation.
Beaucoup ont le sentiment que les principes de « jom » et de « foula » sont aujourd’hui mis à rude épreuve. En choisissant de transgresser des normes sociales, la plupart des membres de ce réseau n’ont pas assumé leur choix. Ils ont entraîné dans cette spirale des familles, notamment des épouses et des enfants, durement affectés par leur double vie. Des écrits montrent que l’humain, de nature très rebelle, est souvent sous l’emprise de pulsions contradictoires, ce qui le conduit fréquemment à des excès. Dans nos sociétés africaines, à cheval sur les valeurs religieuses et traditionnelles, les mécanismes sociaux ont longtemps contribué à encadrer les comportements considérés comme déviants.
Mais, à l’ère de la mondialisation, certains choisissent de remettre en cause ces repères et de revendiquer une plus grande liberté individuelle, et ce à tous les niveaux. Ce qui n’est pas un fait nouveau. Des courants de pensée, notamment issus des mouvements contestataires des années 1970, ont ainsi défendu une émancipation individuelle très poussée et remis en question les normes traditionnelles en matière de sexualité et de rapports sociaux. Une telle posture a toujours suscité des débats, avec des divergences de vues mettant en exergue des déséquilibres sociaux. Elle remet aussi sur le tapis une question importante : la liberté individuelle peut-elle s’exercer sans tenir compte de ses répercussions sur autrui, notamment sur les familles et les enfants ? Une société peut-elle s’engager sur une trajectoire de développement si elle est gangrenée par la débauche, la consommation abusive d’alcool, de drogue ou par une jeunesse en perte de repères ?
Ces interrogations prennent une résonance particulière, surtout lorsque le scénario met également en scène des familles éprouvées, embarquées malgré elles dans cet engrenage. Dans la conscience collective, le choc est d’une grande brutalité en raison de la remise en cause de tabous profondément ancrés.
Dans son ouvrage « Éclairage sur le(s) féminisme(s) », le chercheur à l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), Makhtar Diouf, montre, par exemple, comment, à travers leurs trajectoires personnelles, certaines célébrités façonnent les esprits. Il y cite l’exemple de la célèbre auteure de l’ouvrage « Le Deuxième Sexe », Simone de Beauvoir, considérée par certains comme une référence majeure du féminisme, mais qui a également fait l’objet de critiques. Dans cet ouvrage, il évoque la relation entre Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, marquée par un « pacte singulier » distinguant un amour « nécessaire » et des relations dites « contingentes ».
Des écrits reprochent à l’auteure d’avoir pratiqué le vagabondage sexuel. Ayant rejeté le mariage et le sexisme ordinaire, elle se serait aussi permis, selon diverses sources, d’entretenir des relations charnelles avec un amant, des femmes mais aussi ses élèves, ce qui lui aurait valu d’être interdite d’enseignement à vie en 1943, après une plainte de parents. Quand certains réclament son héritage, Beauvoir en a vu de toutes les couleurs.
Comme quoi les questions liées aux mœurs, à la liberté individuelle et aux normes sociales, loin d’être simples, ont longtemps secoué les sociétés humaines. Toujours est-il qu’elles peinent encore à cautionner le vagabondage sexuel, surtout lorsqu’il porte préjudice à toute une communauté.
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