Le débat économique sur l’Afrique est fortement cannibalisé par des questions telles que la monnaie, la dette, au détriment de défis aussi essentiels tels que l’énergie, l’industrialisation, la valeur ajoutée, l’intégration régionale, l’autosuffisance alimentaire, etc.
En Afrique francophone, précisément dans les pays ayant en commun l’usage du franc Cfa, la question de cette monnaie héritée de la colonisation est au cœur de querelles passionnées. Il est difficile de discerner les arguments dictés par une position politique de ceux plus ou moins objectifs. Les sachants sont de plus en plus dépossédés de leur domaine de compétence par les experts en tout (et en rien), mus par un seul objectif : convaincre et attirer la masse vers un camp politique donné. Et dans ce vacarme, toute voix discordante est vite étrillée pour des considérations politiciennes.
Si on prend l’exemple du franc Cfa, ce sont les mêmes arguments qui reviennent de part et d’autre. Les pourfendeurs énumèrent les mêmes griefs depuis des décennies : servitude volontaire du fait d’une perte de souveraineté du fait de l’héritage colonial de ce vestige monétaire, frein à la souveraineté politique, ingérence française dans sa gestion, entrave à l’industrialisation, etc.
Tandis que les partisans égrènent, comme éléments de plaidoirie, la faible inflation, la parité fixe avec l’euro, la garantie de convertibilité, la réduction des coûts et risques de change, etc. Apprécier sa monnaie est une démarche à saluer, certes, mais dans la zone franc, le débat n’est que de nom, puisque chaque camp reste figé dans ses tranchées.
Il ne se dégage pas de plages de convergence sur certains points défendus d’une part par les chantres de la stabilité monétaire et d’autre part par les partisans de la souveraineté monétaire, un principe régalien fondamental – il faut le reconnaître – que l’on peut difficilement concilier avec les mécanismes de fonctionnement du franc Cfa.
Tout comme la monnaie, le débat sur la dette est biaisé, et les non-sachants s’y perdent. Une chose est évidente : un pays comme le Sénégal est surendetté et exposé au risque de perte de confiance du marché financier international. En bien ou en mal ?
Malheureusement, le débat tourne toujours sur des questions telles que le ratio dette/Pib, qui est un bon indicateur de santé financière d’un pays et de sa capacité de remboursement, mais il peut se révéler trompeur parfois. Les économistes estiment qu’il ne permet pas de mesurer le coût réel (la charge de la dette est plus supportable pour un pays endetté à des taux très bas). Il se focalise sur l’endettement public, alors que celui privé peut impacter lourdement une économie.
On ne peut, malheureusement pas, en dire autant pour le Sénégal. Chez nous, il s’agit de dénoncer une indiscipline budgétaire, ou d’opposer l’argument de la réalisation d’infrastructures structurantes pour justifier cet endettement.
Le hic, c’est que même les spécialistes ne s’entendent pas sur la qualification de cette dette. « Dette cachée, dette odieuse, dette non déclarée : que faut-il retenir ? », se demande dans une contribution le professeur Amath Ndiaye de la Faculté des sciences économiques et de gestion de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
La récente sortie du président sortant de la Cour des comptes, Mamadou Faye, vient ajouter au brouillard pour les profanes. « Vous ne verrez pas dans une page du rapport où est mentionnée dette cachée », confie-t-il à notre confrère de L’Observateur.
On assiste à une bataille sémantique, avec des expressions qui, loin d’être anodines, sont le reflet des enjeux. Et cela ne va pas épargner les discussions avec le Fmi pour un nouveau programme en faveur du Sénégal.
malick.ciss@lesoleil.sn

