Il y a des informations que l’on préférerait ne jamais lire. Des nouvelles que l’on aimerait voir disparaître avant même qu’elles n’apparaissent sur nos écrans. Pourtant, les algorithmes, implacables et avides de polémique, se chargent de les propulser au sommet de nos fils d’actualité dès lors qu’elles suscitent l’indignation collective.
Les révélations sur les problèmes de primes de qualification impayées et les dysfonctionnements logistiques qui perturbent le climat autour des Lions durant cette Coupe du monde font partie de cette catégorie. D’abord publiées par Sport News Africa, puis confirmées par le journaliste de la Rts Ibrahima Mboup, elles ont rapidement alimenté le débat public. Pour moins que cela – par exemple pour répondre au président de l’Uefa, Aleksander Čeferin, il y a quelques jours – la Fédération sénégalaise de football avait pourtant pris l’habitude de publier des communiqués afin de s’expliquer, se défendre ou démentir certaines informations. Cette fois, en revanche, silence radio. La sortie du premier vice-président sur une radio de la place, à titre personnel, n’a d’ailleurs pas répondu aux véritables interrogations.
Car la question qui se pose aujourd’hui est simple : comment la Fédération sénégalaise de football a-t-elle pu laisser naître une controverse aussi embarrassante en pleine Coupe du monde, à la veille d’un match décisif pour le Sénégal ? Incompétence ? Négligence ? Manque de discernement ? On s’interroge parce qu’il est difficile de comprendre comment les dirigeants du football sénégalais ont pu nous ramener vingt ans en arrière. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : un retour à une époque que le football sénégalais croyait avoir définitivement laissée derrière lui. Une époque où les débats extra-sportifs occupaient plus de place que les performances sur le terrain. Une époque où les conflits internes, les problèmes de gestion et les polémiques à répétition finissaient inévitablement par affecter les résultats de la sélection. L’histoire récente est pourtant suffisamment parlante. C’est lorsque l’environnement des Lions avait été miné par ces turbulences que le Sénégal a traversé l’une des périodes les plus difficiles de son histoire footballistique : éliminations dès le premier tour de la Can en 2008 et 2012, absences aux Can 2010 et 2013, mais aussi aux Coupes du monde 2006, 2010 et 2014.
Une période marquée par un recul du prestige du football sénégalais sur la scène internationale. Il a fallu des années de travail pour assainir le climat autour de la sélection. Peu à peu, les conditions de préparation se sont améliorées, les distractions ont été bannies et l’équipe nationale a pu se concentrer sur l’essentiel : le terrain. Les résultats n’ont pas tardé à suivre. Deux titres continentaux, une finale de Can, trois qualifications consécutives à la Coupe du monde. Une dynamique positive qui a également bénéficié aux autres sélections nationales. Ces performances ont fait du Sénégal non seulement une puissance du football africain, mais aussi un modèle de stabilité et d’organisation. Une telle sélection mérite une gouvernance à la hauteur de son statut. L’ancienne équipe fédérale, quelles que soient les critiques qu’on puisse lui adresser, avait compris que les succès sportifs se construisent aussi en dehors du terrain. La nouvelle équipe dirigeante, dont plusieurs membres faisaient déjà partie de la précédente fédération, ne peut se permettre d’être moins rigoureuse.
D’autant que les problèmes évoqués semblent loin d’être insurmontables. Des primes de qualification impayées relèvent avant tout d’une question de gestion administrative. Une situation qui aurait dû être anticipée et réglée avec discrétion. Comment expliquer de tels retards alors que les finances de la Fédération ont été renforcées par les retombées de la victoire à la Can et des participations aux grandes compétitions internationales ? Où sont passées ces ressources ? Pourquoi avoir attendu que la situation s’envenime pour réagir ? Au-delà de la polémique actuelle, c’est une exigence de transparence qui s’impose. Les Sénégalais ont le droit d’obtenir des explications sur la gestion d’une institution qui représente une part importante de leur fierté nationale. Le football sénégalais a mis des années à se débarrasser de ses vieux démons. Il serait regrettable de les voir ressurgir au moment même où il atteint les sommets.
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