L’image du député Farba Ngom, transporté en ambulance vers le Pool judiciaire financier (Pif), ravive un débat récurrent au Sénégal, celui de la compatibilité de la détention avec un état de santé précaire.
Détenu depuis dix mois et transféré au Pavillon spécial de l’hôpital Le Dantec, il fait face à une épreuve physique majeure. Lors de ses auditions, ses avocats rapportent que des pauses médicamenteuses étaient nécessaires toutes les trente minutes, tandis que des expertises médicales concluent que son état de santé est incompatible avec le milieu carcéral.
Aujourd’hui, l’attention se porte également sur Mabintou Diaby, épouse de Madiambal Diagne. Détenue depuis fin septembre 2025, sa santé s’est rapidement dégradée, nécessitant son évacuation vers une structure sanitaire avant son transfert au Pavillon spécial.
La semaine dernière, la justice a ordonné une expertise médicale complémentaire, une décision qui pourrait peser sur la suite de la procédure. Une mesure prudente, prise dans un contexte où les préoccupations médicales autour de la prévenue sont de plus en plus mises en avant par ses proches et sa défense.
Au même moment, Farba Ngom croise les doigts, espérant obtenir la liberté provisoire dans les prochains jours. Car, à la suite de son audition au fond, ses conseils ont introduit une demande de mise en liberté provisoire, mettant en avant un état de santé fragile et incompatible avec une détention carcérale.
Ces faits rappellent des épisodes marquants de l’histoire judiciaire récente. En août 2023, l’état de santé de l’opposant Ousmane Sonko, leader de Pastef-Les Patriotes, alors interné au Pavillon spécial, avait suscité une vive émotion.
Sa défense avait alerté l’opinion, faisant état de « risques de dégradations irréversibles de ses organes vitaux », évoquant un début de déficit cardiaque et une paralysie partielle. Elle se disait persuadée que « l’on ne peut rester sourd et de marbre face aux risques que le maintien en détention d’Ousmane Sonko pourrait engendrer, alors qu’il existe des mécanismes juridiques internes conformes au droit international, qui permettent de le libérer ».
Avant de déplorer que « la philosophie, la morale et le juridisme n’aient plus droit de cité ». Malgré ces alertes, Ousmane Sonko est resté en prison jusqu’à sa libération à la faveur de la loi d’amnistie, intervenue au début du mois de mars 2024.
En 2014, Bibo Bourgi, principal coaccusé dans l’affaire Karim Wade, avait été contraint de comparaître sur un fauteuil roulant et sous perfusion, malgré son hospitalisation en clinique.
À l’ouverture du procès, le 31 juillet 2014, la justice avait décerné un mandat d’amener contre lui. Il avait été cueilli à la clinique. Le même scénario s’est reproduit après l’expiration de la dispense de comparution.
Pour la seconde comparution, Bibo Bourgi était sur un brancard. Sans désemparer, la défense avait introduit une nouvelle requête. Son client a finalement été autorisé à se rendre en France pour un traitement médical.
Face à ces arguments humanitaires, une voix discordante s’est fait entendre. Un ancien acteur de la justice a récemment dénoncé, sur un plateau de télévision, ce qu’il qualifie de « supercherie » autour de certaines expertises médicales.
Selon lui, certains détenus utiliseraient des arguments de santé fallacieux pour obtenir une liberté provisoire, citant précisément le cas de Bibo Bourgi comme illustration de la fermeté du parquet face à ce type de demandes.
souleymanediam.sy@lesoleil.sn

