Si la contribution de Cheikh Ahmadou Bamba à la souscription volontaire lancée par les autorités françaises est bien attestée par des documents d’archives, le visuel présenté comme une Une du Petit Journal ne peut, en l’état des éléments disponibles, être considéré comme une archive authentique. Soleil Check l’a vérifié.
Depuis plusieurs années, une prétendue Une du journal français Le Petit Journal circule sur les réseaux sociaux. Elle affirme que le fondateur du mouridisme a versé 500 000 francs à la France dans le cadre de la souscription volontaire destinée à soutenir le franc. Si le fait historique est réel, rien ne permet d’établir que cette Une a réellement été publiée par le quotidien français. L’existence de cette contribution est documentée par plusieurs archives administratives. Parmi elles figure une correspondance adressée par l’administrateur du cercle du Baol au gouverneur du Sénégal, faisant état de la volonté de Cheikh Ahmadou Bamba de participer à la souscription volontaire instaurée par la loi française du 31 mars 1926 pour soutenir le franc. Les listes de souscripteurs publiées à l’époque mentionnent également une contribution de 500 000 francs au nom de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké.
Un visuel qui ne constitue pas une preuve
Ces documents ont été exhumés et présentés par Atoumane Ndiaye, archiviste à la retraite, qui estime que cette contribution constitue un pan méconnu de l’histoire du fondateur du mouridisme et mérite d’être davantage valorisée. En revanche, le visuel largement partagé sur les réseaux sociaux ne peut être considéré comme une preuve historique de cette donation. À ce stade, aucune archive consultée ne permet de confirmer qu’il s’agit d’une véritable Une du Petit Journal. Le fait historique est bien documenté par des archives administratives, mais l’authenticité de ce visuel n’est pas établie.
Une contribution exceptionnelle pour l’époque
Pour mesurer l’importance de cette somme, Adama Aly Pam, archiviste paléographe et chef archiviste de l’UNESCO, rappelle que la construction du palais du Gouverneur de l’Afrique occidentale française (AOF), aujourd’hui Palais de la République du Sénégal, avait coûté 1 700 000 francs. Selon lui, cette dépense avait suscité de vives critiques dans la presse française de l’époque. Les récriminations portaient notamment sur le lourd tribut payé à la fièvre jaune par les Européens envoyés en Afrique occidentale française, mais aussi sur les dépenses de prestige engagées pour assurer le confort du gouverneur. Ce contexte permet de mieux apprécier la portée financière de la contribution de 500 000 francs consentie par Cheikh Ahmadou Bamba.
Les archives confirment que Cheikh Ahmadou Bamba a bien participé à la souscription volontaire en versant 500 000 francs. En revanche, le visuel présenté comme une Une du Petit Journal ne peut être authentifié sur la base des éléments actuellement disponibles.
Moussa DIOP & Yaya SOW


