Au milieu du vacarme et de la ferveur des supporteurs congolais, lors du huitième de finale Algérie—Rdc, le 6 janvier 2026, Michel Kuka Mboladinga, supporteur congolais et sosie de l’ancien héros de l’indépendance du Congo Patrice Lumumba, arbore les couleurs de son pays. Il s’apprête à demeurer immobile pendant toute la rencontre. Cette posture qui reproduit la statue de l’ancien Premier ministre de la Rdc assassiné en 1961, au Katanga, est devenue l’une des images marquantes de cette 35ᵉ édition de la Coupe d’Afrique des Nations (Can).
Cette mise en scène corporelle illustre comment le football africain demeure un vecteur d’affirmation identitaire et de réappropriation narrative de l’histoire postcoloniale. Cette affaire nous révèle que la dimension politique et géopolitique a toujours été au cœur de l’évolution du football africain. Un football dont l’histoire et l’identité sont profondément liées à la création de la Confédération africaine de football (Caf) et à sa compétition phare, la Coupe d’Afrique des Nations (Can).
Cette compétition qui a vu le jour en 1957, à Khartoum, avait pour but de positionner le continent africain sur la carte du football mondial. Même si l’Égypte a participé à la Coupe du monde de 1934, le continent africain qui évoluait toujours sous le joug colonial était inexistant sur la scène footballistique mondiale.
Au départ, seuls quatre pays à savoir l’Égypte, le Soudan, l’Éthiopie et l’Afrique du Sud, vont s’entendre pour créer la Confédération africaine de football en 1956. La première Can est organisée à Khartoum, le 10 février 1957, avec la victoire de l’Égypte de Gamal Abdel Nasser.
Cet évènement sera marqué par l’exclusion de l’Afrique du Sud de l’apartheid qui a refusé de présenter une équipe multiraciale en 1959. Par cette exclusion, la Caf s’est présentée comme le chantre de la décolonisation de l’Afrique et de la souveraineté des États nouvellement constitués.
Ainsi, une nouvelle vague de pays fraîchement indépendants, tels que le Ghana (1957), et des pays francophones, comme le Sénégal, le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Mali (1960), vont faire de la participation à la Can un moyen d’acquérir une reconnaissance à travers le football.
Des pays nouvellement indépendants vont prendre la plupart du temps des noms d’animaux, symboles de leur Nation et présents dans leurs armoiries : « Lions » au Sénégal, « Éléphants » en Côte d’Ivoire, « Palancas Negras » (Antilopes noires en français), « Étalons » pour le Burkina Faso.
Après la reconnaissance par les Nations unies, le football devient un instrument de diplomatie africaine. La Caf s’agrandit rapidement, passant de 4 à 23 fédérations en 1963.
Le football et la Can, qui est la compétition majeure sur le continent, vont rapidement devenir des éléments de puissance pour certains régimes comme celui du président Mobutu Sese Seko avec les « Léopards » du Zaïre (1968 et 1974).
La victoire des « Bafana-Bafana », lors de la Can de 1996, marque le retour de la Nation arc-en-ciel sur la scène sportive africaine. Tandis que les Can en Libye (1982), en Côte d’Ivoire (1984) et au Maroc (1988) ont servi comme instruments de rayonnement diplomatique et d’influence en Afrique.
La mondialisation du football dans les années 90 et 2000 sera marquée par l’exportation de talents africains en Europe. Ainsi, des joueurs comme George Weah, Ballon d’Or en 1995, Samuel Eto’o, Didier Drogba et, plus tard, Sadio Mané et Mohamed Salah seront les ambassadeurs de cette Can devenue le troisième évènement sportif derrière la Coupe du monde de football et le Championnat d’Europe de football.
La dernière Can, en Côte d’Ivoire, a réuni deux milliards de téléspectateurs à travers 80 pays. Aujourd’hui, la Caf compte 54 pays membres, le dernier à avoir adhéré étant le Soudan du Sud, indépendant en 2011.
De ce fait, le choix de la Caf d’organiser la Can tous les deux ans, puis tous les quatre ans, risque de couper les ressortissants africains de cette communion collective. Il est capital pour l’Afrique de préserver l’identité de la Coupe d’Afrique qui demeure une grande fête du football africain.
Une dynamique qui doit participer à la formation d’une identité autour du panafricanisme et de l’intégration africaine.

