Depuis quelques jours, la question des licences de pêche démersale secoue le secteur. Des licences ont d’abord été attribuées avant d’être suspendues, après des sorties marquées des acteurs. Pourquoi suscitent-elles autant de débats ? La réponse est à chercher dans les enjeux économiques qui tournent autour de ce créneau.
La pêche démersale désigne la capture des espèces qui vivent sur les fonds marins ou à proximité immédiate de ceux-ci. Elles regroupent notamment les mérous, les capitaines, les dorades, les pageots, les soles, les rougets ainsi que certaines crevettes et certains crustacés.
Ces ressources occupent une place importante dans l’économie halieutique sénégalaise. Elles sont particulièrement appréciées sur les marchés locaux en raison de leur valeur commerciale élevée et constituent également une source de devises à travers les exportations. Des milliers de pêcheurs artisanaux, mareyeurs, transformateurs, commerçants et industriels tirent leurs revenus de l’exploitation de ces espèces.
Mais si la pêche démersale est stratégique, c’est aussi parce qu’elle concerne des ressources considérées comme parmi les plus vulnérables. Depuis plusieurs décennies, les scientifiques observent une pression croissante sur les stocks. L’augmentation du nombre de navires, l’amélioration des techniques de pêche et la demande soutenue des marchés ont contribué à une exploitation intensive de nombreuses espèces. Plusieurs d’entre elles sont aujourd’hui jugées pleinement exploitées, voire surexploitées.
L’une des particularités des espèces démersales réside dans leur interdépendance écologique. Elles partagent souvent les mêmes habitats et appartiennent à une chaîne alimentaire complexe. Une diminution importante d’une espèce peut ainsi affecter l’ensemble de l’écosystème marin. C’est pourquoi les spécialistes considèrent la gestion des pêcheries démersales comme un indicateur essentiel de la santé des océans.
Cette question est revenue au premier plan avec le projet d’attribution de nouvelles licences de pêche dans les pêcheries démersales côtières. Les organisations professionnelles de la pêche artisanale et industrielle ont exprimé leur opposition, estimant qu’une augmentation de l’effort de pêche risquerait d’accélérer l’épuisement des ressources. Elles s’appuient notamment sur les évaluations scientifiques du Centre de recherches océanographiques de Dakar-Thiaroye (Crodt), qui souligne la fragilité de plusieurs stocks.
Au-delà de l’enjeu écologique, la question est également économique. Une dégradation des ressources démersales pourrait menacer des milliers d’emplois, réduire les revenus des communautés côtières et affecter l’approvisionnement du marché national en poisson. Elle pourrait aussi fragiliser la position du Sénégal sur les marchés internationaux et l’exposer à des sanctions de ses partenaires en cas de non-respect des principes de gestion durable.
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