De l’ambition pour le Sénégal, le président Abdoulaye Wade en avait à revendre. Ses douze années de présidence (2000-2012) ont radicalement changé l’image du Sénégal, l’inscrivant résolument dans la réalisation d’infrastructures. Pour apprécier à sa juste valeur le legs infrastructurel de cet homme dont on vient de célébrer les 100 ans, il faut replonger un peu dans la situation d’avant son avènement au pouvoir.
Le Sénégal avait accusé un retard non pas par manque de volonté, mais à cause surtout des programmes d’ajustement structurel sous l’égide du Fmi et de la Banque mondiale. Le Président Abdou Diouf avait plus axé sa présidence sous le signe de la rigueur budgétaire, de l’assainissement des finances publiques. N’ayant pas assez de marge de manœuvre, il n’a pu réaliser assez d’infrastructures lourdes faute d’investissements mais aussi de temps, au moment où l’économie sénégalaise sortait la tête de l’eau.
Abdoulaye Wade a donc hérité d’un pays qui venait de voir les clignotants de son économie enfin au vert, après des décennies d’austérité. Il est arrivé au pouvoir avec une ambition noble : lancer la modernisation forcée du Sénégal. C’est l’ère des grands chantiers d’infrastructures publiques, générateurs d’emplois et donc de croissance économique. Il crée alors l’Agence nationale chargée de la promotion de l’investissement et des grands travaux (Apix), pour piloter la réalisation des projets, avec des procédures modernisées à la place des lourdeurs administratives.
Les investissements privés affluent grâce aux Partenariats public-privé (Ppp), la recette miracle pour pallier le déficit de financements publics. Le Sénégal réussit aussi à diversifier ses partenaires, attirant les capitaux et entreprises de pays émergents (Arabie saoudite, Iran, Émirats arabes unis, Turquie, Chine, Inde, Brésil…), à côté de partenaires traditionnels.
Le successeur de Diouf semble trop embrasser dans son désir de graver son nom dans le béton : autoroute à péage, échangeurs, nouvel aéroport, pistes rurales, centrales électriques, édifices culturels (Monument de la Renaissance africaine, Grand Théâtre national, Musée des civilisations noires), infrastructures pour le sommet de l’Oci (construction de routes, hôtels, édifices publics…), bassins de rétention, etc. Le « Sopi » (changement en wolof) est en marche.
De 516 milliards de FCfa avant 2000, le budget national, dopé par l’investissement public, bondit à plus de 2.200 milliards en 2012 (données de la Direction générale du Budget). Les investissements privés suivent le rythme sur la même période, passant de 467 milliards de FCfa à près de 1.400 milliards. L’État sous Wade met aussi la main à la poche, avec des investissements publics de l’ordre de 830,9 milliards de FCfa contre plus de 467 milliards pour les investissements directs étrangers.
De l’audace pour son pays, Abdoulaye Wade en avait de par sa vision globale du développement qui érigeait les infrastructures en catalyseur de croissance. Incompris au début, peu de gens étaient prêts à parier sur son approche : les plus sceptiques recourant même à la dérision pour dire qu’on ne mange pas les routes. L’histoire lui a donné raison à l’arrivée.
L’homme croyait dur comme fer que les investissements structurants lourds sont la clé du développement. En associant des consortiums privés à toutes les étapes de leur érection (conception, financement, réalisation et exploitation), Abdoulaye Wade recourait moins à l’endettement pour équiper son pays.
On peut lui reprocher d’avoir concentré l’essentiel de ses réalisations à Dakar, mais il faut lui reconnaître, au moins que sa vision a non seulement changé le visage de la capitale, mais elle a permis d’initier le désengorgement de cette mégapole pour la création de nouveaux pôles de développement.
Les régimes de Macky Sall et de Basssirou Diomaye Faye se sont inscrits dans cette lancée : faire plus en développant le Sénégal des profondeurs par la réduction du gap infrastructurel. D’ailleurs, ils constituent l’épine dorsale de leurs référentiels de développement respectifs (Plan Sénégal émergent et Vision Sénégal 2050).
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