S’il est établi que la jeunesse de la population africaine est un atout à exploiter, la réalité montre désespérément que notre continent pêche dans l’anticipation dans les investissements sur l’humain et sur les infrastructures. Et si cette donne n’est pas prise en compte, le dividende démographique tant chanté pourrait se traduire en crise.
Apparu au début du XXIe siècle, le concept est défini par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) comme « l’augmentation du produit intérieur brut (Pib) par tête susceptible de découler de la proportion croissante des personnes qui touchent un revenu par rapport au nombre de consommateurs d’une population, en raison de changements de la structure par âge et de l’amélioration de la productivité résultant d’investissements dans la santé, l’autonomisation, l’éducation et l’emploi ».
L’Afrique est en pleine transition démographique, les prévisions tablant sur 2,5 milliards d’habitants à l’horizon 2050. Mais ce boom démographique ne va pas toujours de pair avec une planification urbaine et économique.
En Afrique, le phénomène de dividende démographique a été enclenché en 1991, selon le Pnud, et devrait se poursuivre jusqu’en 2083. L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale ont débuté la première phase du dividende démographique à la fin des années 1990, mais il sera retardé jusqu’en 2030 dans un pays comme le Niger où le taux de fécondité est le plus élevé au monde (6,2 enfants par femmes, soit une croissance de la population de près de 4% par an), toujours selon le Pnud. Ce pays est l’illustration d’une baisse trop lente de la fécondité.
En Afrique, près de 60% de la population a moins de 25 ans, ce qui veut dire que la dynamique de progression démographique est assez importante. Pour absorber ces millions de nouveaux arrivants sur le marché du travail dans un continent pesant seulement 3% du Pib mondial, il faut de sérieuses politiques d’anticipation sur l’humain, l’industrie mais aussi l’éducation.
L’explosion démographique en Afrique se fait le plus sentir dans les centres urbains, un phénomène aggravé par l’exode rural. Or, cette urbanisation incontrôlée ne rime pas toujours avec des mesures pour développer les infrastructures. Ce qui occasionne, du fait de la croissance rapide des centres urbains, une forte pression sur les ressources, les services de base tels que l’eau, l’électricité, le transport, la santé, etc.
L’accès à une éducation de qualité devient tout aussi problématique, hypothéquant les chances de former une main-d’œuvre de qualité. L’éducation et la formation professionnelle sont tellement importantes que des économistes les qualifient de « dividende éducatif ». Une population en âge de travailler de plus en plus nombreuse est supposée booster la croissance à long terme, mais ces attentes pourraient être anéanties s’il n’y a pas simultanément d’investissements dans les services complémentaires pour un capital humain à la hauteur.
Selon les données du Fmi, même si le continent a progressé dans l’élargissement de l’accès à l’éducation, il reste toutefois loin derrière les pays émergents. Près de trois enfants en âge d’aller à l’école sur 10 ne sont pas scolarisés. Parmi ceux qui ont eu la chance d’intégrer l’école primaire, 65% réussissent à terminer leur cycle, contre 87% en moyenne au niveau mondial.
Chez les jeunes de 15 à 24 ans, le taux d’analphabétisme se situe à 75% contre presque 90% dans des pays émergents et d’autres pays en développement, selon l’Unesco. À ce niveau, le continent doit faire des efforts pour mieux préparer son capital humain aux emplois de demain.
Loin d’être exhaustives, ces quelques insuffisances illustrent le risque de voir le dividende se transformer en désastre démographique, si rien n’est fait.
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