Son geste a marqué d’une empreinte indélébile la 35e édition de la Coupe d’Afrique des Nations (Can) qui vient de se tenir au Maroc. Le supporter congolais (Rdc) Michel Kuka Mboladinga a réussi à jamais à inscrire son nom dans les annales de la Can. Il a transformé la Can en un espace de réactivation mémorielle et de revendication politique en cherchant à faire revivre l’image de Patrice Lumumba.
Lors des matchs de son pays, il s’est fait remarquer en se mettant debout, main levée, durant tout le temps de jeu, histoire de rendre hommage au héros de son pays. En effet, Lumumba incarne, dans l’imaginaire collectif africain, la lutte pour la souveraineté réelle, la dignité des peuples et l’émancipation face aux dominations néocoloniales.
En tentant de perpétuer son image dans un événement sportif continental, son compatriote Michel Kuka Mboladinga inscrit son geste dans une continuité panafricaniste. Ainsi, il rappelle que le sport peut devenir un vecteur de conscience politique.
D’ailleurs, l’édition qui vient de se tenir au Maroc a établi un record historique d’affluence, avec un total de 1.116.959 spectateurs et cumulé plus de six milliards de vues. En ramenant Lumumba dans l’espace public, le supporter congolais rappelle que la mémoire historique reste un outil de résistance.
L’acte de Michel Kuka Mboladinga montre que le sport n’est pas seulement un événement sportif, mais aussi un lieu où se rejouent les débats sur l’identité, la mémoire et le destin politique.
Si on reste en Rdc et qu’on remonte le temps, on se rend compte que le président Mobutu a utilisé le sport pour renforcer sa notoriété. C’était le 30 octobre 1974 au stade du 20 Mai de Kinshasa.
Joseph-Désiré Mobutu, qui a rebaptisé son pays le Congo belge en Zaïre et qui s’est rebaptisé « Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Wa Za Banga » (Mobutu le guerrier qui va de victoire en victoire sans personne qui puisse l’arrêter), a investi massivement dans le sport pour asseoir sa réputation au niveau international.
Ainsi, il s’est proposé d’accueillir le Championnat du monde des poids lourds de boxe. Il a mis sur la table 10 millions de dollars, soit les budgets cumulés de l’Éducation et de la Culture de son pays, pour réunir Mohamed Ali et Georges Foreman et placer ainsi le Zaïre sur la carte du monde. Une éclatante opération de communication saisie par le bookmaker Don King qui va organiser le combat.
Mobutu, qui instaure le « recours à l’authenticité » et la purge de la culture africaine de l’empreinte européenne, veut obtenir par la gloire ce que ses voisins ougandais, centrafricains ou soudanais gagnent par la guerre.
Mouhamed Ali a été reçu en 1964 par le président du Ghana, Kwame Nkrumah. Une rencontre qui symbolisait la renaissance de la fierté africaine et le lien profond entre l’Afrique indépendante et sa diaspora.
Sous l’« Osagyefo », le sport, en particulier le football, a été utilisé comme un pilier central de la construction nationale ghanéenne. Dès l’indépendance en 1957, il comprend le pouvoir mobilisateur du sport pour souder une nation jeune, fragmentée ethniquement et régionalement.
En réunissant les meilleurs joueurs de toutes les régions dans un même club (Real Republicans), Nkrumah cherche à dépasser les clivages internes et à renforcer la cohésion nationale autour d’un projet commun.
Par ailleurs, les tournées africaines et internationales des Black Stars, consacrés champions d’Afrique en 1963 et 1965 , font du football un outil diplomatique, au service du panafricanisme et de la solidarité entre États nouvellement indépendants.
Ailleurs, aux États-Unis, lors des Jeux olympiques de Mexico en 1968, l’athlète afro-américain Tommie Smith, accompagné de John Carlos, a marqué l’histoire par un geste de protestation devenu iconique.
Au moment de la remise des médailles du 200 mètres, les deux sprinteurs baissent la tête et lèvent un poing ganté de noir sur le podium, en signe de soutien au mouvement des droits civiques et de dénonciation des discriminations raciales aux États-Unis.
En définitive, comme l’a rappelé l’ancien président du Comité international olympique (Cio) Juan Antonio Samaranch le 25 novembre 1975 au congrès de Neuchâtel, « Nul doute que les compétitions sportives, et en particulier les Jeux olympiques, reflètent la réalité du monde et constituent un microcosme des relations internationales ».
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