Que représentent, au fond, 90 minutes de football dans le grand livre des relations séculaires entre le Sénégal et le Maroc ? Presque rien. Une simple parenthèse, aussitôt refermée, laissant se poursuivre le beau récit de fraternité entre deux nations amies.
Pendant trois jours, les réseaux sociaux ont été le théâtre, de part et d’autre, d’un déchaînement de commentaires passionnés autour d’un simple match de football, fut-il une finale de Coupe d’Afrique des Nations. Le football, ce sport universel et envoûtant, a ce pouvoir singulier de réveiller des émotions profondément enfouies, au point de faire dire parfois des paroles qui dépassent la pensée.
Mais, au fond, il ne s’agit que d’un jeu, d’un moment de plaisir sportif. Aussi intense soit-il, le football ne doit jamais faire oublier sa vocation première : être un facteur de cohésion, de fraternité et de rapprochement entre les peuples, à condition que l’esprit sportif et le fair-play prévalent.
L’histoire offre d’ailleurs de puissants symboles. En 1998, les États-Unis et l’Iran, pourtant adversaires irréductibles sur le plan géopolitique, avaient donné au monde une leçon d’humilité en démontrant que certaines rivalités relèvent de la vanité face à la grandeur du sport. Cette image reste, encore aujourd’hui, l’illustration parfaite de la victoire du sport sur l’antagonisme.
Entre le Sénégal et le Maroc, il ne peut y avoir ni haine ni invectives. Ce qui unit ces deux peuples est infiniment plus fort que ce qui pourrait, un instant, les opposer.
La preuve est tangible : une semaine seulement après la finale, la Haute Commission mixte de coopération entre les deux pays se tiendra à Rabat, en présence du Premier ministre Ousmane Sonko. Dans les semaines suivantes, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, est attendu au Royaume chérifien.
Cette continuité confirme les propos de Bakary Sambe, qui déclarait dans une interview accordée au magazine que « Le Soleil » a consacré, au mois de juin 2025, aux relations sénégalo-marocaines : « Le caractère durable et continu de cette relation est difficilement explicable à ceux qui ne la vivent pas ; cela relève d’une affection naturelle vécue par les peuples eux-mêmes bien au-delà des instruments de coopération formelle. Cette relation a survécu à toutes les évolutions sociopolitiques qu’ont connues les deux pays. Chaque génération fait comme si elle devait la faire perdurer, la protéger pour en transmettre l’héritage aux suivantes avec une conscience partagée de sa sacralité ».
Le caractère exceptionnel des relations entre le Maroc et le Sénégal se distingue par la combinaison harmonieuse de facteurs historiques, politiques, spirituels et humains, qui ont forgé une coopération stable et résiliente. La Convention d’établissement de 1964 en est une illustration éloquente : elle garantit aux ressortissants des deux pays des droits équivalents à ceux des nationaux dans le pays d’accueil, dans un esprit d’équité et de réciprocité.
C’est cette confiance mutuelle qui explique l’absence de visa entre les deux États. Cette fraternité se lit aussi dans l’espace urbain et symbolique : à Dakar, l’avenue Hassan II et la rue Mohammed V ; à Casablanca, dans le quartier de la Médina, le célèbre « marché sénégalais ».
Jusqu’à une date récente, la plus grande mosquée de Dakar était d’ailleurs un don du Maroc au Sénégal. Les relations entre le Royaume du Maroc et la République du Sénégal figurent ainsi parmi les partenariats bilatéraux les plus solides et les plus durables du continent africain.
Sous le règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, cette proximité s’est encore renforcée, comme en témoignent les huit visites officielles effectuées au Sénégal, un record, et le choix symbolique de Dakar pour la célébration du discours de la Marche Verte en 2016.
Enfin, la dimension humaine demeure le socle le plus précieux de cette relation : migrations croisées, mariages mixtes, communautés établies de part et d’autre, coopération éducative et mobilité étudiante. Autant de liens vivants qui rappellent qu’au-delà d’un match de football, l’essentiel reste l’amitié durable entre deux peuples frères.
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