Apostrophé sans être nommément cité lors de l’Assemblée générale de la coalition « Diomaye Président », le Premier ministre Ousmane Sonko a eu, jeudi, une belle occasion de répondre et de livrer sa part de vérité. L’opportunité lui a été offerte par la correspondante permanente de Radio France Internationale à Dakar.
Mais c’était mal connaître le président du Pastef, peu enclin à se laisser dicter la conduite à tenir : ce qu’il faut dire, quand, où et comment. Restant ainsi maître de son agenda et de sa communication.
Sans esquiver la question de notre consœur et avec une remarquable courtoisie, le leader des Patriotes a fait comprendre que le cadre symbolique de la Primature et le contexte actuel, marqué par des enjeux économiques inédits, appelaient une posture différente de celle consistant à alimenter des polémiques stériles ou des considérations politiciennes.
« Nous sommes dans des enjeux très importants. Ce n’est pas le lieu d’un débat politique et certainement, dans un autre rendez-vous, nous aurons à vous répondre. Mais aujourd’hui, nous nous préoccupons davantage des enjeux. Le débat politique au Sénégal existe comme dans tous les pays, mais il ne doit pas dépasser certaines limites. Les enjeux actuels ne sont pas politiques : ils sont économiques et sociaux, et nous préférons concentrer nos efforts sur cela », a-t-il déclaré.
Une réponse brève mais limpide, qui renforce la posture républicaine et la stature d’homme d’État du Premier ministre.
Entendons-nous bien : il ne s’agit nullement de jeter le discrédit sur notre consœur française, qui a simplement fait son travail en posant une question d’une brûlante actualité. Seulement, voilà : en face d’elle, il y avait un Ousmane Sonko visiblement conscient des enjeux et déterminé à ne pas se laisser entraîner dans un débat qui aurait détourné l’attention de l’essentiel.
Par sa retenue et sa posture, le président du Pastef a ainsi montré qu’il sait faire la part des choses, dissociant clairement le temps du travail et celui de la politique.
Autrement, le Premier ministre aurait pu « vampiriser » sa propre communication, pour reprendre la belle expression de notre confrère Sidy Diop, analyste politique. Dans ce cas, les annonces majeures faites lors de cette conférence de presse, notamment la renégociation des contrats miniers, gaziers et pétroliers ainsi que les premières retombées financières attendues auraient été reléguées au second plan, au grand bénéfice d’une certaine presse friande de sensationnel et de polémique politicienne.
Justement, s’il fallait retenir un seul message de cette sortie du Premier ministre, il serait celui-ci : il existe un temps pour chaque chose, et les priorités doivent être clairement établies. Les militants patriotes sont ainsi appelés à saisir le sens de cette consigne en évitant querelles et verbiages inutiles sur les réseaux sociaux.
L’heure est plutôt à la mobilisation autour du projet pour la prise en charge effective des préoccupations des Sénégalais. Car les défis sont immenses. Le passif est lourd. L’économie nationale peine à décoller et le front social demeure sous tension. Les inquiétudes se multiplient dans un contexte international également marqué par de fortes turbulences.
Les frappes israélo-américaines contre l’Iran contribuant à accroître les tensions géopolitiques et à faire grimper les prix du carburant sur les marchés internationaux. L’angoisse est palpable à l’échelle mondiale. Téhéran a d’ailleurs averti que rien ne serait plus comme avant si les bombardements se poursuivaient sur son territoire, alimentant un climat d’incertitude généralisé.
Dans un tel contexte, même les grandes puissances se cherchent et se réajustent pour tenter de sortir de cette zone de turbulences. Dès lors, que doit faire un pays en difficulté comme le Sénégal ? Se perdre dans les débats politiciens ou se concentrer sur le redressement national ?
La réponse de Ousmane Sonko est claire : travailler pour redresser le pays. La politique viendra après.
abdoulaye.diallo@lesoleil.sn

