L’Afrique semble être le seul endroit du monde où encore prospèrent le charlatanisme et le maraboutisme. Loin de nier ces réalités aux résultats très contestables, mais elles nous inspirent circonspection et méfiance. Tant leurs promesses ne semblent jamais tenues et l’issue des contrats bilatéraux toujours au désavantage de la partie vis-à-vis du charlatan.
Ce ne sont pas nos voisins Maliens qui diront le contraire avec les merveilles de promesses du sieur Sinayogo qui promettait la Coupe d’Afrique des Nations aux « Aigles » contre 100 millions de francs Cfa. Il aurait déjà récolté plus de 22 millions de francs Cfa. Et une arrestation après l’élimination de son pays contre le Sénégal en quart de finale. Heureusement pour lui d’ailleurs puisque c’est une foule en colère qui s’était rendue à son domicile pour le punir. La police est donc intervenue à temps pour l’exfiltrer et éviter tout débordement.
M. Sinayogo a finalement été arrêté samedi et placé en détention à la brigade de lutte contre la cybercriminalité pour « escroquerie. «Le charlatanisme est puni par la loi au Mali », a rappelé un responsable du service de lutte contre la cybercriminalité, précisant toutefois qu’une interpellation avant l’élimination de l’équipe nationale aurait été délicate en raison de la ferveur populaire autour de la Can. Nous apprenons également par un créateur de contenus proche de l’affaire que « l’homme, auparavant connu comme activiste politique, s’est proclamé marabout du jour au lendemain et a rapidement fait fortune ». Ce qui interpelle sur la capacité de reconversion en marabout ou charlatan de nombre de nos compatriotes Africains, Sénégalais en particulier. Ainsi, deviennent-ils des « faiseurs de miracle », à même de transformer en or tout ce qu’ils touchent.
Plus grave encore est l’incrédulité des populations à croire en ces « phénomènes » tombés du ciel. Le bon sens aurait voulu qu’ils puissent réaliser des « miracles » pour eux-mêmes d’abord avant les autres. Mais non ! Les gens restent très crédules et pensent que ces « messies » des temps modernes pourront changer leur quotidien, leur apporter une vie meilleure et plus d’argent encore.
Autant dire que l’Afrique, avec ses mystères tant chantées et glorifiées, demeure le terrain de l’irrationnel. Une explication, parmi tant d’autres, du retard du continent serait évidemment inhérente à ces croyances qui défient toute intelligence. A ce jour, aucun pays n’est parvenu à remporter la Coupe du monde du foot. Pour dire que tout repose d’abord sur le travail. Nous ne nous érigeons pas contre les prières, acceptées par tous comme pouvant se réaliser. Nous dénonçons donc cette fatalité faisant croire que le marabout et le charlatan peut tout réaliser, poussant ainsi celui qui le sollicite à lui laisser la tâche de réaliser ses attentes et à le diviniser.
A l’heure où l’humanité marche à l’intelligence artificielle et les drones qui se déploient partout, nous préférons, en Afrique, croire en la survenue de miracles alors que l’ère des prophètes est révolue.
Comment encore croire les promesses de Koukandé (qui avait promis de fendre la mer à deux à l’image du prophète Moïse pour permettre à ceux qui veulent gagner l’Europe d’y aller) ou de Abdou Khaliss ? Ce dernier renvoie à un certain Abdou Khady Touré, rapidement rebaptisé « Abdou Khaliss » du nom en wolof de l’argent qu’il distribuait et « multipliait » à tout va. Issu de Keur Ambo, un village du Niombato, frontalier de la Gambie, Abdou Khaliss faisait sortir son patelin brutalement del’ombre en 1976. Grâce à une chaîne de rabatteurs éprouvés, il inaugura l’arnaque la plus subtile des années 70. Agé de moins de 30 ans, il organise une gigantesque tontine où les derniers arrivés ont tout perdu : argent, honneur et espoir, selon « Le Soleil » qui avait envoyé une équipe de reporters sur ses traces 16 ans après. Il sera condamné à 4 ans de prison.
Le charlatanisme est pourtant défini dans le code de déontologie médicale comme le fait pour un médecin de « proposer à des malades des remèdes illusoires ou insuffisamment éprouvés en les présentant comme salutaires ou sans danger ». Par extension, nous pouvons admettre qu’il est cette promesse d’enrichir, de guérir, ou de résoudre les difficultés auxquelles le client du charlatan est confronté. Y en a même qui promettent la félicité éternelle dans l’au-delà. Il est admis que l’intelligence est la chose la mieux partagée. Pourquoi alors sommes-nous amenés à sous-aliénée la nôtre et à croire au verbiage de ces beaux menteurs qui espèrent prospérer avec les espèces sonnantes et trébuchantes qu’ils encaissent sans pour autant pouvoir en créer ?
N’est-ce pas le dub-poetry Linton Kwesi Johnson quichantait que « nous vivons un âge de science et de technologie, même si certains, quand ils fument de l’herbe, commencent à avoir des visions et à prêcher la religion » ?

