Situé à cheval entre les communes de Darou Marnane et de Thilmakha, à quatre kilomètres de la route nationale, Dekheulé est une terre chargée d’histoire. C’est ici que Lat Dior Ngoné Latyr Diop, Damel du Cayor, a livré sa dernière bataille contre les troupes coloniales françaises avant de tomber les armes à la main, le 27 octobre 1886, en défendant son peuple contre la domination coloniale. Un monument funéraire abritant son mausolée et un musée historique y ont été érigés pour perpétuer sa mémoire et célébrer le courage de ce héros national. Cent-quarante ans après sa disparition, le Sénégal s’apprête à rendre hommage à l’un des symboles de la résistance à la colonisation. Reportage.
Ce 24 octobre 2026, le ciel s’est paré d’un bleu clair. La chaleur se fait sentir dès les premières heures de la matinée, en cette période qui marque la fin de l’hivernage. Les rayons ardents du soleil accentuent davantage cette sensation.
Nous sommes à Dekheulé, une localité située à cheval entre les communes de Darou Marnane et de Thilmakha. L’évocation de ce nom renvoie immédiatement à Lat Dior Ngoné Latyr Diop, le Damel du Cayor. C’est sur cette terre qu’il a livré sa dernière bataille contre les troupes coloniales françaises, le 27 octobre 1886, avant de mourir les armes à la main.
Pour s’y rendre, il faut, une fois à Darou Mouhty, dans le département de Kébémer, parcourir une vingtaine de kilomètres jusqu’à la sortie de Darou Marnane, puis bifurquer à gauche pour emprunter une piste latéritique en très mauvais état sur quatre kilomètres. Tout au long du trajet, le visiteur admire la splendeur de la nature, marquée par un immense tapis herbacé qui s’étend à perte de vue.
Toutefois, la verdure jaunit progressivement sous l’effet de la chaleur. Par endroits, des champs de mil et d’arachide se dessinent dans le paysage. Leurs propriétaires ont commencé les récoltes. Les épis de mil ont été coupés, tandis que les fanes d’arachide sont regroupées çà et là dans les champs.
Le temps semble suspendu. Le murmure des arbres se fait à peine entendre, tant le vent est absent. Aucune feuille ne voltige. Après quelques minutes à bord d’un taxi-brousse, Dekheulé se dévoile enfin. Le village présente un mélange d’habitations traditionnelles en cases et de maisons en dur.
Ici, les populations mènent une vie austère et vivent principalement de l’agriculture et de l’élevage. Mais, au-delà de cette apparente tranquillité, la localité occupe une place importante dans l’histoire du Sénégal. C’est ici que se trouve le mausolée de Lat Dior Ngoné Latyr Diop, l’une des figures emblématiques de la résistance à la colonisation française.
Un lieu chargé d’histoire
Sur place, le visiteur remarque d’abord un mur de clôture entourant le site. On y découvre la devise du Sénégal, inscrite en lettres capitales, ainsi que les noms ou les représentations de figures historiques de la résistance, parmi lesquelles Cheikh Ahmadou Bamba et Maba Diakhou Bâ. Accueillis par Thierno Diop, un des descendants de Lat Dior, nous entamons la visite de ce lieu classé au patrimoine historique national. Notre guide nous conduit d’abord devant le monument funéraire.
«C’est ici que repose notre aïeul, Lat Dior », explique-t-il en désignant le mausolée, matérialisé par une stèle aux teintes rougeâtres. Cette couleur évoquerait le sang du Damel versé sur ce champ de bataille. Quelques inscriptions sont gravées dans le marbre.
Le monument funéraire a été construit sous la présidence d’Abdou Diouf, qui l’a inauguré le 27 octobre 1986, en présence du ministre de la Culture de l’époque, Makhily Gassama. La cérémonie coïncidait avec le centenaire de la disparition de Lat Dior. La visite se poursuit au musée, situé à proximité du mausolée.
« C’est un bâtiment composé de deux pièces », précise Thierno Diop, qui exprime sa reconnaissance à l’État du Sénégal pour avoir érigé ce musée en hommage à son aïeul. Construit par le ministère de la Culture et inauguré le 22 décembre 2018 par le président Macky Sall, le musée historique de Dekheulé constitue un lieu de mémoire consacré à la résistance du Damel du Cayor face à l’oppression coloniale.
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Lat Dior occupe une place importante dans l’histoire nationale en raison de son engagement contre l’expansion coloniale française. De son accession au trône, en juillet 1862, à son ultime combat à Dekheulé, le 27 octobre 1886, il a défendu la souveraineté du Cayor, notamment en s’opposant au projet de construction du chemin de fer Dakar-Saint-Louis. Le Damel est ainsi resté célèbre pour son courage, sa détermination et sa résistance à la domination française.
Pour Thierno Diop, son combat symbolise le refus de la soumission, la dignité, la liberté et la défense de la souveraineté du peuple sénégalais. Ce héros de la résistance, estime-t-il, mérite d’être davantage célébré et enseigné dans les écoles afin de servir d’exemple aux générations futures.
Un site confronté à des difficultés d’accès
Malgré l’érection du monument funéraire et la construction du musée historique, force est de constater que le site de Dekheulé a encore besoin d’un accompagnement pour assurer sa promotion et sa valorisation. Pour Thierno Diop, petit-fils de Lat Dior, cette situation s’explique notamment par l’enclavement de la localité.
Situé à environ quatre kilomètres de la route nationale, le site est difficile d’accès en raison du mauvais état de la piste latéritique. Cette contrainte décourage de nombreux visiteurs. « Nous voulons que la route soit praticable afin de faciliter l’accès au site », plaide-t-il, appelant les autorités à répondre à cette doléance.
Selon lui, l’aménagement de cette piste permettrait d’attirer davantage de visiteurs et de faire connaître ce haut lieu de mémoire. Dans la même dynamique, Saer Diop, lui aussi descendant de Lat Dior, estime que Dekheulé pourrait devenir un véritable site touristique, capable d’accueillir quotidiennement des visiteurs venus d’horizons divers.
C’est dans cette perspective que l’Association générale pour la sauvegarde des valeurs de Lat Dior Ngoné Latyr Diop, héros national du Sénégal (Agehn), a retenu cette année le thème suivant : « Dekheulé, 140 ans après : du mémoriel au musée, valorisation du patrimoine et du tourisme culturel ». Cette thématique vise à ouvrir la réflexion sur les stratégies à mettre en œuvre pour promouvoir et valoriser ce site historique.
Ce que ses descendants sollicitent de l’État
Chaque année, l’Association générale pour la sauvegarde des valeurs de Lat Dior Ngoné Latyr Diop (Agehn) organise la commémoration de la disparition du Damel du Cayor. L’édition de 2026 revêt un caractère particulier puisqu’elle marque le 140ᵉ anniversaire de sa mort.
À travers le thème « Dekheulé, 140 ans après : du mémoriel au musée, valorisation du patrimoine et du tourisme culturel », l’association entend contribuer à la préservation et à la transmission de la mémoire de Lat Dior, tout en favorisant la promotion du patrimoine historique et culturel lié à Dekheulé.
Pour assurer le bon déroulement de cet événement annuel et donner davantage de visibilité à ce haut lieu de mémoire, les descendants de Lat Dior sollicitent le soutien et l’accompagnement de l’État. Ils espèrent ainsi que les autorités contribueront à améliorer l’accessibilité du site et à renforcer sa valorisation touristique et culturelle.
Au-delà de la commémoration, l’enjeu est de faire de Dekheulé un espace vivant de transmission de l’histoire nationale, où les générations présentes et futures pourront découvrir l’héritage d’un homme qui a marqué la résistance sénégalaise à la colonisation.
Par Falel PAM


