À la veille de l’hivernage, Keur Massar Sud avance entre souvenirs encore douloureux et espoir prudent. Dans cette partie de la banlieue de Dakar, longtemps éprouvée par les inondations, les ouvrages de drainage, réalisés ces dernières années par l’État, ont transformé le paysage. Mais ici, personne n’ose encore crier victoire de manière définitive.
Avec amertume, El Hadji Daouda Mbaye, habitant de l’Unité 3 de Keur Massar Sud, se voit encore à terre en train de patauger pour sauver sa maison de l’abîme. L’homme au teint clair et à la mobilité réduite débite un récit mélodramatique aux accents de catastrophe. « C’était en 2020. La pluie était source de malheurs pour nous. Nos maisons restaient inondées pendant des heures », se souvient-il, le visage encore marqué par le fléau. Lors de la visite du ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, Cheikh Tidiane Dièye, le 11 mai 2026, les populations ont ravivé le souvenir de cette tragédie qui a frappé la commune de Keur Massar Sud.
À l’Unité 3, les canaux fraîchement aménagés serpentent entre les habitations. Le décor tranche avec les scènes de détresse des années passées lorsque les eaux stagnaient pendant des semaines dans les maisons. El Hadji Daouda Mbaye, délégué de quartier et coordonnateur du Comité d’initiatives locales de gestion des eaux pluviales (Coligep), mesure le chemin parcouru avec prudence. « Entre 2020 et 2026, il y a un net changement avec l’érection des ouvrages. Nous remercions les efforts de l’État. Avant, les eaux restaient pendant trois mois. Aujourd’hui, en deux heures, les maisons sont libérées », savoure-t-il, sous l’approbation des populations. Mais, son regard se durcit lorsqu’il évoque la suite. Pour lui, le système reste fragile. « L’équation fondamentale, c’est le bassin versant de Mbao. Si les bassins dans la forêt ne sont pas entretenus, on peut revivre pire que ce qu’on a connu », avertit-il. Dans les 52 quartiers de Keur Massar Sud, les habitants gardent encore des souvenirs précis des inondations. À Mame Abdou Aziz, Sogui Ba se souvient des nuits sans sommeil. « L’eau avait envahi les maisons. On passait la nuit debout. Les enfants étaient déplacés chez des proches », raconte le délégué de quartier. Aujourd’hui, le ton est différent pour ce sexagénaire. « On voit que l’eau s’évacue plus vite. Il y a une amélioration réelle. Les populations commencent à reprendre confiance », apprécie-t-il, serrant la main du ministre.
Le même sentiment prévaut à Amina où Mané Guèye, habitante du quartier, a longtemps vécu au rythme des saisons des pluies. « Chaque hivernage était une inquiétude. L’eau restait longtemps dans les maisons ; on perdait beaucoup de choses », confie-t-elle. Désormais, Mané aborde l’hivernage avec davantage de sérénité. « Les ouvrages ont aidé. On n’est pas totalement rassurés, mais on sent une amélioration », ajoute-t-elle. Partout, canaux, bassins et tranchées redessinent la commune. Mais, la mémoire des inondations reste vive. Les habitants savent que tout dépendra de la capacité des infrastructures à résister aux pluies à venir, mais aussi de leur entretien régulier.
À Keur Massar Sud, commune du département de Keur Massar, l’hivernage ne suscite plus la même panique qu’autrefois. Il installe plutôt une attente. Celle de voir si les promesses du génie hydraulique résisteront au test du ciel.
Babacar Guèye DIOP

