On appelle ça l’esprit d’entreprise. Version underground. Deux dealers arrêtés par les douaniers, leur start-up logée sous de grands boubous : incubation papier-ciment, stockage intégré, logistique mobile. Une marge à la fois insolite et inquiétante. Ils ont compris le concept de « discrétion vestimentaire ». Pas vu, pas pris. Mais raté.
Quelques jours plus tôt, une autre masterclass circulait : un cambrioleur zen, garé comme pour un brunch dominical. Moteur coupé, respiration contrôlée, expertise millimétrée. Il manipule la serrure comme un chef étoilé cisèle une truffe. Parfois, il dégoupille son arme avec le calme d’un présentateur météo annonçant une légère averse de plomb. LinkedIn devrait lui proposer des recommandations.
Et chaque jour, le pays offre son lot de talents mal orientés. Si toute cette énergie, cette créativité, ce sens du risque étaient injectés dans le travail légal, on parlerait d’innovateurs, de disrupteurs, de bâtisseurs de nation.
Dans un pays où les repères sont flous et où la pression sociale exige la réussite immédiate, le gain rapide devient une religion. On ne prie plus pour la pluie, mais pour le jackpot. Sauf qu’à force de creuser des raccourcis, on finit par saper les fondations.

