En Casamance, un vieil ami a brusquement plaqué, un beau jour, sa vie de maraîcher, son joli jardin familial, ses poules, sa belle case, pour migrer vers Dakar. Son vœu était de faire de la musique salsa, un hobby qui l’habitait depuis sa prime jeunesse. Une fois dans la capitale, il nous tend sa maquette, une cassette enregistrée avec sa voix, qu’il présumait « belle », de bonne foi sans doute. Présenté à un musicien chef d’orchestre salsero rencontré ce jour-là dans son salon, notre ami n’a jamais pu réaliser son rêve de chanteur. Après quelques années de galère dans un quartier populeux de Dakar, il est retourné tranquillement en Casamance, désabusé et malade. Adieu piment, haricot, patate douce, manioc, qu’il cultivait dans son jardin. À l’image de notre ami, des centaines de petits paysans sénégalais quittent leur bourgade natale pour venir exercer de petits métiers en ville, comme charretiers, ouvriers manœuvres ou chauffeurs de taxi, entre autres. Ils délaissent ainsi leurs activités agricoles, souvent jugées peu rentables, au profit de ces emplois précaires pour nourrir leurs familles. Cette réalité de l’exode rural est encore bien présente.
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