Le ramadan est arrivé avec son cortège de soupirs. Inutile désormais de demander des nouvelles. La formule de politesse se fracasse contre une réponse lasse, presque indignée. Comment veux-tu que ça aille avec ce ramadan ? Le mois sacré, censé élever les âmes, semble parfois les accabler. Il promet la patience, mais récolte des grimaces. Il célèbre la maîtrise de soi, mais déclenche des irritations. Le fidèle devrait y trouver une joie discrète, une paix intérieure, une promotion de bienfaits comme le rappellent les prêcheurs.
Pourtant, dans la rue, ce sont surtout les plaintes qui circulent, comme une monnaie parallèle. Car la foi a beau être une nourriture spirituelle, elle ne remplit pas toujours les ventres. Quand la faim serre de trop près, les principes vacillent. Chez certains, elle devient une épreuve que l’on subit plus qu’un effort que l’on embrasse. Le jeûne se transforme alors en bras de fer quotidien entre la conviction et l’estomac. Et lorsque les ventres crient famine, la piété devient fragile, suspendue à la capacité de résister à l’appel obstiné de la ripaille manquée. Le ramadan demeure un mois de grâce. Mais il est aussi, pour beaucoup, un mois où la dévotion doit composer avec les réalités du corps.
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