Les mots ont parfois une drôle de carrière. Ils voyagent, changent de costume, prennent la couleur de celui qui les prononce. Il en est ainsi du mot « putschiste », qui semble aujourd’hui doté d’une élasticité remarquable. Prenons l’affaire récente. L’eurodéputé français Christophe Gomart réclame la libération de l’ancien président nigérien Mohamed Bazoum, renversé lors du coup d’État au Niger de 2023. Dans la logique classique du dictionnaire, l’affaire est simple.
Un président renversé par l’armée. Les auteurs du coup sont donc des putschistes. Mais la militante panafricaniste Nathalie Yamb ne l’entend pas ainsi. Elle retourne le mot comme un gant et traite l’eurodéputé de « putschiste ». Le voilà soudain promu au rang de conspirateur, coupable d’ingérence et d’arrière-pensées occidentales. Le même mot, deux usages. D’un côté la définition juridique, de l’autre la lecture politique. Entre les deux, un fossé rempli d’histoire, de rancœurs et de soupçons. Les mots ne mentent pas toujours. Mais ils prennent volontiers parti. Et, en politique, un mot n’est jamais seulement un mot. C’est souvent un drapeau.
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