Au Sénégal, les titres ont parfois plus de succès que les métiers. Ils sonnent clairs, roulent bien sur la langue et donnent aussitôt une stature. Plus ils sont imposants, plus ils séduisent. C’est ainsi que fleurissent, dans nos rues et sur nos cartes de visite, des Pdg à foison. Le phénomène est charmant. Le tailleur du coin devient Président directeur général de son atelier. Le courtier immobilier du quartier se découvre à la tête d’un groupe qui tient souvent dans un téléphone et un carnet. Quant au commerçant qui débute, il ne se contente plus d’ouvrir boutique. Il dirige, officiellement, une entreprise.
Il n’y a ni conseil d’administration ni rapports annuels. La comptabilité relève parfois de la mémoire et d’un cahier à spirales. Mais qu’importe. Le titre, lui, est bien là, majestueux comme une enseigne lumineuse. Il faut reconnaître à cette manie une part de poésie. Dans un pays où l’on se bat pour exister, on commence par se donner un rang. Le reste suivra peut-être. En attendant, le Sénégal compte déjà une armée de Pdg. Et chacun, à sa manière, dirige le plus important des empires. Le sien.
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