Le communiqué du gouverneur de Dakar, Ousmane Kane, tendant à fustiger et interdire l’occupation irrégulière d’autoponts dans la capitale pose davantage la nécessité de se pencher, de façon globale, sur notre cadre de vie. Le gouverneur fustige, dans son communiqué du 15 mai, l’installation d’abris précaires, d’activités commerciales sans autorisation, une présence désordonnée de motos et de matériels, tout comme l’hébergement nocturne sous ces ouvrages. Une mesure qui pouvait être applaudie si, comme le pensent certains, elle ne découlait pas d’un reportage de confrères de la Radio-télé sénégalaise (Rts). Ou, comme d’autres soutiennent, ne se justifie que d’une volonté de ne pas montrer une face hideuse de Dakar qui devrait accueillir de nombreux hôtes à l’occasion des Jeux olympiques de la jeunesse (Coj, 31 octobre et 13 novembre 2026). Dans un cas comme dans l’autre, les Dakarois méritent un aménagement plus adéquat à ce qui se voit tous les jours dans de nombreuses artères et avenues de la ville.
Si les Français répètent à la moindre occasion que les Champs-Élysées sont la plus belle avenue du monde, c’est que quelque part leurs médias participent à la fabrication de ce mythe. Et cette conviction ne tient pas compte de ce qui se fait ou existe ailleurs. Dans de nombreux pays asiatiques, Chine et Japon principalement, vous retrouverez des boulevards qui feraient pâlir de jalousie ces fameux Élysées. Loin de nous comparer à ces pays, nous pouvions, il y a encore peu, nous réjouir d’avoir des avenues propres et bien tracées, que ce soit en parallèle, perpendiculaire ou orthogonal. Nous citerons, entre autres, les Avenues Bourguiba, Cheikh Anta Diop, Lamine Guèye, les Allées Serigne Ababacar Sy, le Boulevard du président Mamadou Dia (ex-Boulevard général De Gaulle). Ce n’est pas pour rien que ce dernier Boulevard accueille le défilé annuel du 4 avril marquant notre accession à l’indépendance.
Le drame est qu’aujourd’hui, l’autorité a laissé une installation tous azimuts que nos rues, avenues et boulevards en sont agressés et défigurés tous les jours, qu’ils en sont devenus non identifiables. Et sur ce même Boulevard du président Mamadou Dia (qui va de la Place de la Nation – ex-Obélisque – à la Rts), l’érection d’un « chinatown » commercial a fait perdre à l’endroit toute sa beauté d’antan. Aussi, ce n’est pas le commerce, en tant qu’activité, qui enlaidit l’agglomération dakaroise. Mais surtout ce défi de faire de la capitale la « poubelle » avec tous ces containers qui débarquent tous les jours leurs marchandises dans toute la ville. La conséquence est que nous nous retrouvons avec plus de vendeurs que d’acheteurs. Et la beauté et l’harmonie de la ville en pâtissent. Entre l’érection de cantines, magasins, excroissances dans la construction des maisons sans autorisation, il y en a qui ont plus que privatisé la voie publique. Sous le regard impuissant des autorités municipales, préfectorales… Il n’y a qu’à observer la tenue régulière, tous les jours de la semaine, de ces marchés hebdomadaires (louma) dans différents endroits de la ville. Aussi, des marchés qui se devaient d’être provisoires tendent à définitivement étendre leurs tentacules.
Il n’est nullement question ici d’ôter le pain à la bouche des braves commerçants ou le toit à certains, mais le cadre de vie doit aussi être érigé en priorité. « Le cadre de vie correspond au milieu physique et humain dans lequel évolue un individu ou un groupe d’individus. Il se compose de l’environnement naturel et bâti, traite la question du logement, de l’emploi, des commerces et services, des offres de mobilité, des loisirs et aborde également des aspects plus immatériels comme l’environnement social, économique, culturel, politique… Cette liste n’est pas exhaustive, d’autres éléments peuvent être considérés comme faisant partie du cadre de vie d’un citoyen », définit une revue spécialisée. Dans une ville de Dakar qui étouffe face à la pression démographique, à la loi du béton et du fer et sans espaces verts ou parcs dignes de ce nom, l’autorité ou les responsables devraient procéder à des aménagements qui permettent aux populations de respirer à ciel ouvert. D’autant plus que c’est bientôt l’été. Mais aussi ne pas laisser les gens s’installer et agir ensuite. Et sous ces autoponts, des aménagements restent possibles en tenant compte des impératifs de sécurité et de la circulation routière.
Aussi, les Dakarois aspirent à une qualité du cadre de vie qui se « rapporte à la façon dont les besoins et attentes, exprimés ou non, de l’individu ou du groupe, sont satisfaits pour contribuer à son bien-être ». Ces besoins et attentes sont pour partie partagés au sein de la société (besoins physiologiques, santé, sociabilité, sécurité, absence de nuisances…) et ne sont généralement pas substituables entre eux. Nous aspirons également à une accélération des travaux à la Place de l’Indépendance pour qu’elle soit accessible aux populations pendant cet été.
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