Si l’on s’en tient aux propos tenus dernièrement par le Premier ministre à Guinguinéo, lors de sa tournée politique, le Sénégal s’achemine vers un nouveau découpage territorial. Un très grand nombre de collectivités territoriales jugées trop petites et non viables seront regroupées en une ou plusieurs entités, selon Ousmane Sonko. À travers cette déclaration, le chef du gouvernement sénégalais donne ainsi les prémices de la future réforme de la décentralisation à savoir l’Acte 4.
Au-delà de réduire le nombre de communes qui sont actuellement au nombre de 557 dont 5 villes, cette nouvelle politique est visiblement une remise en cause de l’Acte 3 mis en œuvre par le précédent régime de Macky Sall. Ce dernier avait opté pour une communalisation universelle intégrale, faisant des anciennes communautés rurales des communes de plein exercice. Si au départ, cette réforme avait fait des heureux, au fil des années, beaucoup de communes sénégalaises n’ont pas réussi à disposer de moyens financiers pour asseoir leur développement. La plupart d’entre elles continuant de dépendre des transferts de l’État (Fonds de dotation, fonds d’équipement et de la décentralisation, Cel/ Va, Pacasen, etc). Aujourd’hui encore, nombreux sont les maires qui présentent leur situation en ces termes : « On nous a transférés des compétences, sans que celles-ci ne soient accompagnées de moyens financiers ».
Il s’y ajoute que les projets d’intercommunalité de certaines communes voulant travailler sur le foncier, le ramassage des ordures, n’ont pas donné les résultats escomptés. Aussi, très peu de nos communes profitent de la coopération décentralisée. C’est dire que la marge de manœuvre des collectivités territoriales sénégalaises est réduite. Leurs budgets sont essentiellement consacrés au paiement des salaires, aux secours aux populations et à d’autres dépenses de fonctionnement. Comme pour corroborer la déclaration du Premier ministre, le directeur général de l’Agence de développement municipal (Adl), Diamé Signaté avait déclaré dans les colonnes du « Soleil » : « Il y a beaucoup de communes qui ont été créées, mais qui n’ont pas une certaine viabilité. Il faudra revenir sur tout cela parce que la viabilité de certaines communes reste à prouver. Aujourd’hui, nous pensons que certaines de ces communes ne sont pas porteuses de développement parce qu’elles n’ont pas de ressources. Une commune qui n’a pas de ressources, qui n’a pas de moyens financiers, qui n’a pas de capital humain, ne pourra jamais se développer ». La suppression de certaines collectivités territoriales est donc inéluctable. Le régime actuel a opté pour des communes économiquement viables, et pour la mise sur pied des huit pôles territoires. Il s’agit de Dakar, Thiès, Diourbel-Touba, Nord, Centre, Nord-Est, Sud-Est et Sud. Seulement, l’option de faire disparaître certaines communes ne fera pas que des heureux. La réformes de 2008 sous le régime libéral de Abdoulaye Wade s’était soldée par des contestations, occasionnant parfois mort d’homme. Une commune comme Sangalkam s’était opposée à son découpage et à l’installation d’une délégation spéciale par le gouvernement. Durant une des manifestations, un jeune de 31 ans, Malick Ba sera tué par balle, dans la matinée du 30 mai 2011. Malgré cela, le gouvernement d’alors avait fait passer la réforme. Pour l’heure, on n’a aucune idée de ces collectivités territoriales qui seront supprimées. Mais ce qui est sûr, c’est que des communes sont en sursis.
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