Avant le répit du traditionnel Cahier Vacances pour nos différentes chroniques et des sujets plus digestes destinés à accompagner nos lecteurs, nous revenons sur notre dernière production, la semaine dernière, intitulée « Routes absentes, déclin du transport fluvial, villes ignorées ».
Et loin du tumulte politique qui semble se traduire par une bipolarisation entre les frères d’hier de Pastef, devenus adversaires aujourd’hui. Notre plaidoyer était, dans la chronique et dans le cadre d’un aménagement du territoire bien pensé, de sortir certaines contrées du pays du désenclavement, de l’oubli et de l’abandon. Il s’agissait plutôt, pour nous, de poser un diagnostic lucide sur certaines réalités qui ont trait à la continuité du territoire national, aux opportunités à offrir à tous les fils de ce Sénégal, ainsi qu’à l’exploitation des ressources et des richesses dont regorgent nos différentes contrées.Quelle surprise de voir la réaction et la transformation de cette réflexion en un débat fécond et constructif sur le devenir de ce Sénégal que nous chérissons tous ! Ces réactions nous apprennent que nombre de compatriotes sont attachés au devenir et au développement de ce pays.
Experts, très souvent, dans leur domaine, de nombreux Sénégalais, souvent établis à l’étranger et ayant travaillé pour des multinationales ou des organisations internationales, disposent d’une expérience et d’idées sur les plans ou les solutions à apporter à notre déficit de développement. Ces derniers ne sont pas, fort heureusement, à la quête d’un poste ou d’un décret. Aussi, l’une des réactions consistait-elle à nous faire remarquer que le « diagnostic est implacable, mais les recommandations/solutions proposées semblent ne cibler que les routes ». Cet ancien officier supérieur de l’Armée sénégalaise, aujourd’hui à l’international, ajoutait qu’« un combo (mot venant de l’anglais combination, qui signifie combinaison, et qui désigne un ensemble de plusieurs choses ou actions allant ensemble) de solutions complémentaires semble nécessaire. À côté du développement d’infrastructures routières plus complètes, équitables, nationales, voire sous-régionales, il faut celui du transport fluvial, avec son lot d’aménagements et d’infrastructures, celui de la voie ferrée sous différentes formes, et aussi celui du transport aérien ». Les exemples de réussites et les retours d’expérience d’autres pays pouvant servir d’inspiration, malgré leurs particularités, notre compatriote envisage « une approche intéressante vue aux États-Unis, qui consiste en l’implantation de services étatiques, de bases/camps militaires, d’écoles, d’universités et de centres pour rétablir et garantir l’équité territoriale et l’attractivité de certaines villes, zones et régions ».
Autrement dit, serait-il pertinent d’implanter aujourd’hui une université à Payar, réputée être au centre du Sénégal, à la lisière du Niani, du Ferlo et même du Saloum ? Combien de Sénégalais connaissent d’ailleurs cette commune ? Ou encore de mettre un aérodrome à Aroundou, à Yaféra ou à Mballou, dans le pays soninké, dans le Bakel, qui regorge de ressortissants et de fils établis en France, par exemple ? Une autre réaction, qui brille par son acuité, est celle de ce cadre établi en France et qui est même politiquement marqué : « Derrière la question des routes, tu poses un vrai sujet d’aménagement du territoire et de vision économique. On parle de souveraineté alimentaire et de pôles, mais sans penser ensemble les terres, l’eau, la production, le stockage, la transformation et l’acheminement. Pendant que les Niayes sont peu à peu saturées, le Nord et la vallée gardent d’immenses potentialités sous-exploitées. » Sans commentaire sur ce programme économique alléchant. Il continuait en osant : « J’ai beaucoup aimé aussi le passage sur Podor, Matam et Bakel.
La route n’a pas seulement remplacé le fleuve, elle a déplacé l’activité et laissé ces anciennes villes d’échanges en marge. Il serait intéressant de mesurer ce que la disparition du transport fluvial a coûté au Nord et de réfléchir à son retour. D’autant que ce n’est pas une idée en l’air, puisque l’Omvs travaille justement à restaurer et à moderniser la navigation sur environ 905 kilomètres, avec des ports et des escales, dans une logique multimodale. La vraie question est de savoir comment le Sénégal inscrit ce projet dans sa propre stratégie territoriale. Au fond, si les pôles ne s’inscrivent pas dans un véritable schéma national et prospectif, on aura simplement redessiné la carte. » Un jeune maître coranique nous a également encouragé par rapport aux « vraies questions sur l’équilibre territorial de notre pays » posées par la chronique.
Pour lui, le « Sénégal ne se résume pas à Dakar et aux grands axes : nos villes de l’intérieur, notamment celles du Sénégal oriental et du Nord, ont énormément de potentialités agricoles, économiques et culturelles ». Aussi, milite-t-il pour que le « désenclavement de ces localités soit une priorité ». Routes, ponts, transport fluvial, chemin de fer et infrastructures adaptées sont indispensables pour permettre aux populations de circuler et de développer leurs activités, appelle-t-il. Les propositions de nos compatriotes sont plus que fécondes et attrayantes. Et le regard, lucide. Il faudrait juste que le chef d’orchestre mette en musique toute cette symphonie. La seule certitude est que ce pays ne pourra se développer qu’avec l’engagement et la volonté de ses fils. Encore faut-il que le bon diagnostic soit posé.
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