Dans un reportage sur les bienfaits du gel des importations de bananes, réalisé par la télévision nationale (Rts), dans un village du département de Kolda, les producteurs, visiblement satisfaits, ont demandé une légère augmentation du prix : passer de 200 à 300 ou 400 FCfa le kilogramme. Sur le marché dakarois, le consommateur acquiert le kilogramme de ce fruit à 1.000 FCfa. D’ailleurs, la banane n’est pas un cas isolé, le « madd », la noix d’anacarde, la mangue, etc. voient leur prix bondir avant d’atterrir dans l’assiette du consommateur. À qui profite cet écart important entre le prix au producteur et le coût final pour le consommateur ?
Les circuits commerciaux longs constituent de véritables obstacles à l’émergence de l’agriculture familiale dans nos pays. Le producteur, qui trime sous le soleil, et le consommateur, condamné à payer plus, font les frais d’une longue chaîne de commercialisation interminable, contrôlée par de nombreux intermédiaires (collecteur, grossiste, demi-grossiste, transporteur et enfin détaillant). Chaque acteur prélève sa part de profit, ce qui pèse sur le coût final supporté par le consommateur. Le producteur dispose d’une faible marge de manœuvre pour imposer son prix. Souvent, il est acculé par le remboursement d’une dette contractée à la banque pour financer sa campagne agricole, les urgences sociales (famille, cérémonies, santé, éducation des enfants, etc.).
Les commerçants profitent de la situation pour dicter leur loi.
Les produits locaux, achetés en début de chaîne à un prix dérisoire, deviennent chers à l’arrivée, incitant parfois certains consommateurs à se tourner vers ceux importés, moins onéreux. Ces derniers, souvent importés des pays développés, partent avec l’avantage d’échapper à ce circuit long, de disposer plutôt de chaînes logistiques bien huilées, mais aussi et surtout de subventions massives de leurs États pour soutenir le secteur. Ce qui fait défaut dans nos pays où l’agriculture et l’agro-industrie sont insuffisamment ou pas subventionnées pour leur permettre de faire face à la cherté des intrants et autres charges.
Le déficit d’usines de transformation, d’entrepôts et de chambres froides ne laisse pas le choix au producteur obligé de se débarrasser d’un produit très périssable. Ce sous-équipement expose aux pertes post-récolte estimées au Sénégal entre 30 et 40 % dans certaines filières. Ce qui compromet les objectifs de souveraineté alimentaire et les revenus des producteurs.
Et quand l’enclavement des zones de production ou le mauvais état des routes vient s’y greffer, l’addition se corse davantage pour le consommateur condamné à supporter les charges liées au transport. Ces contraintes appellent urgemment à l’émergence de circuits courts de commercialisation, indispensables à toute relance de l’agriculture.
Dans une contribution, Charlotte Libog, fondatrice de la plateforme « Afrique Grenier du monde », spécialisée dans la promotion de l’agro-industrie sur le continent, explique les vertus des circuits courts : « renouvellement du lien producteur-consommateur, dynamisation des territoires, rapprochement ville-campagne, nouveaux rapports à l’environnement, à l’alimentation et à la consommation ». Le défaut de ces circuits courts, ajoute-t-elle, est à l’origine de la valorisation de l’image du secteur agricole, la baisse continue du nombre d’exploitations, le repli et le mal-être de nombreux petits producteurs. « Pour l’Agriculture africaine, l’adoption et la vulgarisation des circuits courts de commercialisation permettraient, à coup sûr, une réelle revalorisation de la production locale et la rendraient plus compétitive avec l’augmentation des revenus des petits producteurs, une meilleure productivité, l’émergence d’une agriculture respectueuse de l’environnement, le développement des économies régionales et sous-régionales », poursuit Mme Libog. Mais cela suppose une collaboration de tous les acteurs de la chaîne allant du paysan au consommateur. Si tout le monde trouve son compte dans le circuit, l’agriculture et la consommation ne s’en porteraient que mieux.
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