Patrick Vieira n’a jamais vraiment eu besoin de présentation. Champion du monde en 1998, champion d’Europe en 2000, capitaine emblématique des Invincibles d’Arsenal, 107 sélections et 6 buts avec les Bleus : le joueur appartient au cercle des grandes figures du football français. Mais aujourd’hui, ce n’est pas le capitaine que la Fédération sénégalaise de football regarde. C’est l’entraîneur.
Son nom circule parmi les prétendants susceptibles de succéder à Pape Thiaw sur le banc des Lions. À ce stade, il ne s’agit ni d’un choix arrêté ni d’une décision de la FSF. L’ancien milieu de terrain figure parmi les profils étudiés. Mais plusieurs sources confirment que Patrick Vieira tiendrait la corde parmi la pléthore de candidats. Une raison suffisante pour examiner son parcours avec objectivité, loin de l’emballement que peut susciter son immense carrière de joueur.
Depuis sa reconversion, Vieira a dirigé cinq clubs en dix ans : New York City FC, l’OGC Nice, Crystal Palace, le Racing Strasbourg et le Genoa. Une expérience significative sur des bancs professionnels, mais une trajectoire faite de hauts et de bas, sans installation durable au sommet.
À Crystal Palace, son début de mandat avait pourtant été prometteur. Pour sa première saison complète, il avait conduit les Eagles en demi-finale de la FA Cup.
La dynamique s’est ensuite inversée avec onze matches sans victoire, entraînant son licenciement en mars 2023. À Strasbourg, son aventure s’est achevée à l’été 2024. Au Genoa, son arrivée avait permis de redresser une équipe menacée et de l’éloigner de la zone de relégation. Il avait même obtenu une prolongation avant que les résultats ne connaissent à nouveau un coup d’arrêt.
Ces épisodes ne suffisent évidemment pas à juger son travail. Ils dessinent cependant le profil d’un technicien dont la trajectoire reste à confirmer au plus haut niveau et dont le bilan appelle davantage l’analyse que les certitudes. D’autant que le poste de sélectionneur présente des exigences très différentes de celles d’un entraîneur de club.
Avec une sélection, les rassemblements sont courts et les séances limitées. Les joueurs arrivent de championnats et d’environnements différents. Il faut rapidement créer des automatismes, gérer les personnalités, installer une identité de jeu et préparer des compétitions où la marge d’erreur est réduite. À cela s’ajoutent les réalités propres au football africain.
Sur ce terrain, Vieira part avec une particularité : il n’a jamais dirigé de sélection nationale. Il devra donc découvrir un exercice nouveau, avec ses contraintes et ses spécificités. Son expérience de joueur au plus haut niveau constitue toutefois un atout. Capitaine d’Arsenal et de l’équipe de France, il connaît la pression des grands rendez-vous et les exigences d’un vestiaire composé de joueurs de très haut niveau. Cette dimension peut compter dans la gestion d’un groupe sénégalais riche de plusieurs éléments évoluant dans les grands championnats européens.
Son lien avec le Sénégal constitue une autre particularité.
Né à Dakar le 23 juin 1976 avant de grandir en France, Vieira conserve des attaches concrètes avec son pays natal. Présent ces derniers jours dans la capitale, il partage son temps entre ses engagements professionnels et quelques moments de détente. Il s’est notamment rendu à Diambars, centre de formation dont il est l’un des membres fondateurs, aux côtés de Saër Seck, Jimmy Adjovi-Boco et Bernard Lama. Cette proximité avec le Sénégal est réelle, mais elle ne saurait se substituer aux critères sportifs dans le choix d’un sélectionneur.
Selon certaines informations autour des discussions avec la FSF, Vieira n’aurait pas été initialement particulièrement attiré par l’idée de diriger une sélection, lui qui a privilégié jusque-là la carrière en club. Mais la perspective d’un projet de reconstruction à long terme à la tête des Lions, articulé autour de l’horizon 2030, aurait toutefois renforcé son intérêt pour cette possibilité.
Reste que son nom n’est qu’un parmi plusieurs. Pat Vieira figure dans une réflexion qui inclut notamment Omar Daf et d’autres techniciens attirés par le prestige d’une sélection devenue l’une des références du continent.
Finaliste de trois des quatre dernières CAN et double champion d’Afrique, le Sénégal dispose aujourd’hui d’un statut qui rend son banc particulièrement attractif. La question n’est donc pas de savoir si Vieira possède le prestige nécessaire, mais si son expérience, sa philosophie et sa capacité d’adaptation correspondent au projet que la Fédération veut construire.
Son immense carrière de joueur ne constitue pas une garantie, pas plus que ses passages contrastés en club ne condamnent son profil. Vieira est un prétendant parmi d’autres, avec des atouts évidents et des inconnues à lever.
En attendant le choix, très attendu, du futur sélectionneur, la FSF et sa tutelle devront d’abord accorder leurs violons sur les indemnités de départ de Pape Thiaw. Dans cet entre-deux, l’instance fédérale devrait confier provisoirement les Lions au Directeur technique national, Souleymane Diallo. Il pourrait ainsi conduire l’équipe lors des deux premières journées des éliminatoires de la CAN 2027, face au Mozambique à Dakar, le 23 septembre, puis à l’Éthiopie à Addis-Abeba, le 27 septembre.
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