C’est un truisme de dire qu’au Sénégal, l’enseignement privé dont le statut est établi par la loi 94-82 du 23 décembre 1994, occupe une place de choix dans le secteur de l’éducation – du préscolaire à l’enseignement supérieur, eu égard au nombre d’élèves et d’étudiants qui évoluent dans ces établissements et au nombre d’emplois créés. Rien que dans le secteur de l’Éducation nationale (préscolaire, élémentaire et moyen-secondaire), on dénombre près d’un million d’élèves et 40.000 enseignants. (Le Soleil du mardi 5 mai 2026). Certains parlent de « deux-millions d’élèves ». (https://www.pressafrik.com). D’après le président de la Fédération pour l’éducation et la formation (Fef), Mamadou Cissé, qui s’exprimait sur le poids du sous-secteur, il y a « plus 5.000 établissements privés qui absorbent au moins 20 à 30% de l’effectif scolarisé ».(Cf. https://www.dakaractu.com). Des statistiques fournies par le ministre de l’Éducation nationale, Moustapha Guirassy qui dirigeait, le lundi 4 mai 2026, les travaux du symposium national sur l’enseignement privé. Encore que ces chiffres ne tiennent pas en compte le personnel administratif des établissements privés.
Ce sont des milliers de Sénégalais que font travailler les responsables de ces écoles. Il faut louer l’esprit entrepreneurial et le sens élevé de patriotisme de ces Sénégalais. Il s’y ajoute que ces établissements – qui sont de vraies entreprises – s’acquittent des impôts et taxes comme toutes les autres entreprises à caractère commercial. Sans compter, pour certains, les cotisations à l’Ipres, lpm ou assurances santé et surtout les services rendus à la communauté (conférences, investissements humains, sensibilisation sur des questions de santé, d’environnement, de citoyenneté…).
Le social y est également très prégnant. Nombreux sont des élèves dont les parents n’arrivent plus à s’acquitter de leurs engagements (frais de scolarité), mais qui sont gardés à l’école, poursuivant le plus normalement possible leurs études, pour ne pas sacrifier leur avenir, parce qu’ils n’ont pas la chance d’avoir suffisamment de moyens pécuniaires. Autant dire que l’enseignement privé est un pan important du système éducatif et un acteur de développement. Il contribue, de manière significative, à l’élargissement de l’accès à l’éducation, à la diversification des offres pédagogiques et à la création d’emplois.
« L’enseignement privé n’est pas un secteur en marge, mais bien une composante à part entière du système éducatif national », dit Mamadou Cissé, président de la Fédération pour l’éducation et la formation (Fef). Ce que confirme le ministre Moustapha Guirassy : « les établissements d’enseignement privé ont toujours accompagné l’expansion de l’éducation dans notre pays, et ont contribué à absorber une demande scolaire croissante et formé des générations de cadres dans le pays. (Le Soleil du 5 mai 2026). Cependant, il faut reconnaître que l’enseignement privé est confronté à de nombreuses difficultés pédagogique et administrative.
« Il existe des écarts importants en termes de qualité, des disparités territoriales, des problèmes d’équipement, des difficultés de gouvernance dans certaines structures et parfois même une faible professionnalisation », dixit M. Guirassy. Les défis sont, entre autres, le recrutement d’enseignants non qualifiés, la qualité des enseignements, la faiblesse de la subvention de l’État, celle des salaires du personnel, le manque de sécurité sociale, peu de Contrats à durée indéterminée (Cdi). Le privé fait surtout face à un besoin de régulation. Se pencher donc sur ce pan du système scolaire pour aller à une labellisation et une vraie régulation, comme le souhaite le l’État, est donc une initiative à saluer.
Cela devra passer, entre autres, par son implication dans la formation des enseignants, leur rémunération, le contrôle régulier des programmes, de la subvention accordée, etc. « Réguler n’est pas suspecter, réguler, c’est bâtir une véritable architecture de confiance », avait dit le ministre Guirassy, lors de la clôture du symposium national sur l’enseignement privé. Faudrait-il le rappeler, la loi ne privatise pas l’école qui est une mission régalienne de l’État. Celui-ci a juste concédé une partie de sa mission à des privés. Autrement dit, les privés peuvent seulement y investir, mais le contrôle reste à l’État. daouda.mane@lesoleil.sn

