Ce sont des images largement reprises sur les réseaux sociaux et relayées par des médias du monde entier : celles montrant les mauvais traitements infligés aux militants de la « Flottille pour Gaza », dont les bateaux ont été interceptés lundi par les forces israéliennes au large de Chypre, alors qu’ils tentaient d’acheminer de l’aide humanitaire vers l’enclave ravagée par les bombardements israéliens. Dans la vidéo publiée par le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir lui-même, on aperçoit des dizaines d’hommes et de femmes venus de différents pays, agenouillés, le front collé au sol, les mains liées dans le dos. Le ministre d’extrême droite apparait tout sourire au milieu des activistes, une attitude qui a suscité une vague d’indignation à travers le monde. L’Espagne a dénoncé des images « inhumaines ». Paris les a jugées « inadmissibles ». L’Italie, de son côté, a évoqué une situation « monstrueuse et indigne », réclamant même des excuses de la part d’Israël.
Plusieurs témoignages d’avocats ayant pu rencontrer certains militants arrêtés renseignent que ces derniers ont subi des violences physiques et psychologiques, ainsi que des traitements dégradants infligés lors de leur interpellation par la marine israélienne. Des activistes affirment même avoir été soumis à des « positions de stress, à du harcèlement et à des humiliations à caractère sexuel ». Au moins trois personnes ont été hospitalisées avant d’être expulsées vers la Turquie.
Au-delà des réactions internationales, ces images relancent les critiques visant l’armée israélienne et la manière dont sont traités les militants pro-palestiniens et, plus largement, les populations palestiniennes. Il faut le dire clairement : l’émotion suscitée par cette affaire contraste avec le relatif silence entourant les souffrances quotidiennes endurées dans la bande de Gaza. Enfants et femmes de Palestine sont la cible des forces armées israéliennes tous les jours, humiliés et meurtris sous les bombardements, continuant de vivre dans une détresse largement documentée par des Ong et organisations humanitaires. Récemment, des habitants ont affirmé avoir été contraints par des colons israéliens de déterrer le corps d’un membre de leur famille âgé de plus de 80 ans.
Une affaire qui a suscité peu de réactions médiatiques, preuve de l’indifférence voire de la passivité de la communauté internationale dans une enclave dévastée par la guerre et où les habitants n’ont plus de larme pour pleurer. Et même s’ils pleuraient qui pour retransmettre ou partager leurs souffrances. Gaza étant devenu un désert médiatique. Peu de journalistes osent encore s’y aventurer, en raison des risques sécuritaires extrêmement élevés.
Mais comme le dit l’adage, à quelque chose de malheur est bon. Cette vague d’indignation mondiale provoquée par les sévices infligés aux 430 activistes de la « Flottille pour Gaza » pourrait contribuer à recentrer l’attention internationale sur le drame en cours dans les territoires palestiniens. Et c’est justement ce que craint le Premier ministre israélien en estimant que les images diffusées par son ministre n’étaient « pas conformes aux valeurs d’Israël ». Une sortie qui n’a fait qu’accentuer la colère et l’incompréhension des Palestiniens qui continuent de vivre, certainement pour longtemps encore, sous les bombes, avec la mort omniprésente. Loin des caméras. abdoulaye.diallo@lesoleil.sn

