Ce n’est pas seulement le temps caniculaire qui rend les choses difficiles. Dans ce pays, la lourdeur réside plutôt dans l’escalade politique : dans les discours, les prises de position et les surenchères visant à prouver la véracité de son camp ou l’appartenance des différentes entités politiques au « bloc authentique ». Tout s’inscrit dans une logique de conquête ou de conservation du pouvoir. Comme à l’accoutumée. Seulement, la campagne électorale permanente a, cette fois, pris une autre tournure, faite d’un affrontement à visage découvert, d’une guerre ouverte mais larvée entre frères d’hier devenus des ennemis qui se vouent aux gémonies. Sans préjuger du nom futur du parti qu’entend mettre sur pied le président de la République, force est de reconnaître l’échec du Pastef et de son « Projet », en ce sens qu’il n’a pas su maintenir l’unité indispensable à la pérennité du parti, mais surtout à l’implémentation, la réalisation et le couronnement de ce programme. De nombreuses thèses peuvent être convoquées pour expliquer la fissure de cette belle alliance de jeunes qui avaient su conquérir le cœur de nombreux Sénégalais. Aujourd’hui que le vin est tiré, il faut certes le boire non sans appréhension eu égard aux nombreuses craintes qui se font jour dans la société sénégalaise face aux positions tranchées de part et d’autre et aux levées de boucliers auxquelles nous assistons.
Qu’on l’appelle « Pastef Authentique » ou « Pastef Rénovation », comme l’ironisent certains, il faudra se rendre à l’évidence de cette guerre fratricide qui risque d’être mortelle. Non pas en termes de sang qui coule dans nos organismes ou de braises qui s’attisent, mais simplement par rapport au temps perdu qu’il nous sera difficile de rattraper et impossible de remonter.
Le président de la République est le mieux indiqué pour imprimer la cadence qu’il souhaite à son engagement et à son serment. Il lui appartient également de s’entourer des personnes qu’il juge aptes à l’aider à réaliser ses ambitions, et donc de se défaire de tous ceux qui pourraient lui mettre des bâtons dans les roues. Il faut seulement se rendre à l’évidence, deux ans après son arrivée au pouvoir : la rupture est totale au sein de son camp. Au-delà, une reconfiguration des visages et des esprits s’impose pour l’aider à porter sa vision. D’où, aujourd’hui, cet élargissement de l’assiette et de la base électorale pour ratisser large, bien au-delà des seules convictions et engagements politiques initiaux.
Le second mandat que théorisent certains de ses partisans ne pourra être obtenu qu’au prix du travail qui sera abattu au cours des trois prochaines années. Celles-ci pèseront bien plus lourd dans la balance que les deux premières années de son mandat, marquées par une cogestion avec Ousmane Sonko qui ne pourra nullement se soustraire des actes qui ont été posés.
C’est une bonne chose de desserrer l’étau sur le secteur du Btp, de relancer la machine économique par le paiement de la dette intérieure ou de libérer des prisonniers « politiques ». Mais il faut aller vite pour soulager les populations dans leurs difficultés quotidiennes. Il est tout aussi urgent de rassurer un front social en ébullition à l’approche de la grève générale du 15 juillet pour laquelle les syndicats restent intransigeants et de trouver des solutions pour les travailleurs licenciés abusivement, dont certains ont obtenu gain de cause devant la justice. Entre les urgences du moment et la restructuration politique de son camp, le président aura besoin de tout son génie pour y parvenir.
Il faudra aussi que son parti d’origine accepte de faire son introspection, mais surtout de tirer les leçons de ses manquements, lesquels se résument à la divinisation et à la sublimation d’une seule et unique personne. D’autant plus que le départ du président entraînera avec lui de nombreux cadres et membres. Si certains sont mus par la volonté de conserver leur décret de nomination, d’autres souhaitent voir le « Projet » pour lequel ils se sont battus enfin réalisé par l’un des leurs. Il reste, dans la perspective de 2029, l’émergence d’une troisième voie, salutaire en ce sens qu’elle permettra de ne pas cantonner le débat sur l’avenir du Sénégal aux seuls membres du Pastef, qu’ils soient de l’ancienne ou de la nouvelle garde.
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