Les débordements dans les sphères médiatiques, politiques, diplomatiques des compétitions sportives mondiales s’accentuent d’année en d’année et confortent la place du sport comme un facteur important et déterminant dans les relations internationales. Comme il a été écrit dans cette chronique, au mois de janvier dernier, après la 35e édition de la Coupe d’Afrique des Nations qui a vu les prolongations se jouer dans les cercles politiques, diplomatiques et même judiciaires internationaux, le sport est un nouveau marqueur et meneur de jeu géopolitique. La Coupe du monde de football qui se déroule actuellement en Amérique du Nord (États-Unis, Canada) et aussi en Amérique centrale avec le Mexique montre que le sport est de plus en plus traversé par la politique, la passion, la puissance populaire et surtout l’influence que certains États veulent exercer sur les instances mondiales ou continentales de la gouvernance sportive.
L’épisode du carton rouge annulé du joueur de l’équipe des États-Unis, Folarin Balogun, par la commission de discipline de la Fifa, l’instance de gouvernance du football au plan mondial, est révélateur des accointances entre les sphères politiques et économiques sur le sport. Ces accointances-influences ont ainsi conduit à ce que la méfiance et une défiance soient nourries, à tort ou à raison, à l’endroit de certaines instances de gouvernance sportive. Ce qui n’est pas nouveau. « Ces dernières années, il était rare de voir des instances de gouvernance sportive qui ont échappé à des scandales à profusion et dysfonctionnement à répétition.
Cela a commencé avec la Fifa qui dirige le sport le plus populaire, à savoir le football. Il y a eu ensuite le dossier de la fédération internationale en charge de l’athlétisme mondial, l’Iaaf, très bien connue au Sénégal parce que mettant en cause notre compatriote Lamine Diack qui en était le président de 1999 à 2015. C’est au Comité international olympique (Cio), la plus grande organisation sportive mondiale, que les problèmes de bonne gouvernance se sont accentués », écrivions-nous en janvier dernier. C’est ainsi qu’il sera difficile d’extraire l’influence politique et économique sur les organes qui dirigent le sport aux plans mondial et continental. Il sera aussi difficile de replacer le sport comme un simple jeu d’autant plus qu’il a atteint aujourd’hui de telles proportions, avec surtout des accents nationalistes et même racistes.
Dans cette même Coupe du monde, les échanges de mots durs entre la star de l’équipe de France Kylian Mbappé et la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla à la suite au match de huitième de finale opposant les Bleus et les Albirrojos ont projeté encore les fractures dans lesquelles baigne notre monde depuis quelques décennies avec la montée du nationalisme et surtout du racisme. La compétition sportive, jadis moment de détente et d’entente entre les peuples comme le préconisait le Baron Pierre de Coubertin qui a repris l’organisation des Jeux olympiques, a atteint aujourd’hui une nouvelle dimension. Elle est une occasion de projection de puissance de certains États qui chacun y cherche des retombées. Pour les uns, organiser une compétition sportive de dimension continentale ou mondiale est une manière de réaffirmer sa puissance et aussi d’asseoir son influence. Pour d’autres, le sport est un instrument pour polir leur image. D’où le concept de sportwhasing qui est apparu avec les pays du Golfe et le Rwanda qui sont considérés comme les exemples aboutis. L’un dans l’autre, la place et le poids du sport lui confèrent ainsi un statut qui n’est plus périphérique ou hors-jeu dans la (géo)-politique….


