L’eau est source de vie, dit l’adage. Mais elle peut rapidement devenir source de drames sanitaires lorsqu’elle n’est plus protégée. Les révélations des chercheurs de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar donnent le tournis : une contamination d’origine fécale a été détectée dans une grande majorité des échantillons d’eau en sachets analysés à Dakar et Mbour. Ces résultats, qui font froid dans le dos, posent un véritable problème de santé publique, alors même que la loi sur les plastiques, adoptée en 2020, continue de voir ses interdictions foulées au pied au gré d’intérêts difficiles à comprendre.Le constat est d’autant plus préoccupant que sur ces colonnes, le 24 avril 2026, dans une chronique intitulée « L’eau des sachets plastiques : ce n’est pas si clair », nous alertions déjà sur un autre danger : celui du plastique, source de pollution massive, de dégradation environnementale et de risques sanitaires liés à son usage quotidien. La loi n°2020-4 du 8 janvier 2020 relative à la réduction des produits plastiques à usage unique devait marquer une rupture. Elle visait notamment à mettre fin à la production et à la commercialisation des sachets destinés au conditionnement de l’eau. Mais plusieurs années après son adoption, le texte peine encore à produire ses effets.
L’étude menée par des chercheurs de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar constitue un signal d’alarme. Réalisée entre août et septembre 2025 sur 50 marques et 100 échantillons d’eau en sachets commercialisés à Dakar et Mbour, elle révèle une contamination microbiologique préoccupante. Les analyses montrent que 80 % des échantillons sont fortement contaminés par la flore aérobie mésophile totale à 37°C et 84 % à 22°C. Plus inquiétant encore, des indicateurs de pollution fécale ont été retrouvés dans une proportion importante des échantillons analysés.
Cette mère innocente qui achète de l’eau pour ses enfants, ce pauvre chauffeur qui en boit plusieurs fois par jour, ce voyageur lambda qui se désaltère dans une gare routière… Non, la banalisation de ce geste quotidien ne doit pas conduire à banaliser le risque. Mais la réponse ne peut pas être uniquement punitive. Selon le ministère de l’Environnement, près de 2.000 petites entreprises produisent aujourd’hui de l’eau en sachet au Sénégal. Ce sont des emplois directs et indirects, des milliers de vendeurs et vendeuses, ainsi que des familles qui dépendent de cette activité quotidienne. Cette réalité explique en partie les difficultés rencontrées par l’État pour faire respecter pleinement l’interdiction prévue par la réglementation sur les sachets plastiques.
Ainsi, la première urgence est de renforcer la surveillance de la qualité des eaux conditionnées. Il faut passer d’un contrôle ponctuel à un système permanent, avec des prélèvements réguliers, une publication transparente des résultats et une traçabilité complète des produits, depuis les unités de production jusqu’aux points de vente. Deuxièmement, la coordination entre les services de l’État doit également être renforcée. Le Commerce, la Santé, l’Environnement, la Douane et le Service d’hygiène doivent agir de manière concertée. Une loi sans contrôle effectif reste une promesse inachevée.
Troisièmement, il faut aussi accompagner les acteurs économiques. La lutte contre le risque sanitaire ne doit pas se transformer en sanction sociale. Les vendeurs doivent être formés aux bonnes pratiques d’hygiène, bénéficier d’équipements adaptés et être associés aux solutions.
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