Dans une dépêche publiée sur son fil le 11 août 2026, l’Agence France-Presse (Afp) a fait état de plus de 40.000 personnes ayant fui leurs foyers dans le nord et le centre du Mali, après une recrudescence, depuis fin avril, des affrontements et des bombardements dans ces zones.
Ce constat vient alourdir un peu plus le passif humanitaire, sur fond de détérioration de la situation sécuritaire en Afrique de l’Ouest et dans presque toute la région du Sahel. Comme il a été rappelé à plusieurs reprises dans cette chronique, le terrorisme djihadiste mène les débats et mine cette zone depuis plus d’une décennie. Chaque décennie, l’Afrique de l’Ouest fait l’objet de crises cycliques et chroniques dont les causes structurelles peuvent avoir des conséquences existentielles pour certains États. Dans les années 1990, la plus grande menace de la sous-région venait des pays de l’Union du fleuve Mano (Libéria, Sierra Leone, Guinée), marqués par des rébellions sanglantes et des coups d’État répétés.
Ces conflits, sur fond de guerre civile et d’exploitation des ressources minières, se sont métastasés dans l’environnement immédiat de ces pays jusqu’à menacer l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Il a fallu attendre le début des années 2000, avec le processus de démocratisation, pour voir la région pacifiée. C’est à partir de 2010 qu’une décennie de détérioration de la situation sécuritaire s’est ouverte, créant un arc de crise et un système de conflits interconnectés à cheval sur plusieurs pays. Avec pour corollaire un passif humanitaire très lourd, la situation au Sahel constitue l’une des crises les plus complexes au monde, avec des métastases dans plusieurs pays comme le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Tchad, ou encore le nord-est du Nigeria et l’extrême-nord du Cameroun.
Cela ne se manifeste pas seulement par des déplacements massifs de populations fuyant leurs zones d’habitation pour trouver des refuges temporaires. À cela s’ajoutent les changements climatiques, qui agissent comme un facteur multiplicateur de risques et combinés aux crises sécuritaires, accélèrent et amplifient les déplacements. La diminution des pâturages et des points d’eau exacerbe la concurrence entre communautés, notamment entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires.
Ce phénomène prend une ampleur nouvelle et d’autres couleurs avec l’instrumentalisation de ces tensions par les groupes armés terroristes. Ainsi, les vagues de violences liées à ces conflits communautaires jettent sur les routes de nombreuses populations, en particulier celles qui pratiquent le pastoralisme. Sur un autre plan, la violence armée perpétrée par les groupes radicaux et les opérations militaires ont forcé des millions de personnes à abandonner leurs foyers.
Ces déplacements massifs déstabilisent les communautés d’accueil et menacent de déborder vers les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest, qui tentent de s’organiser et de s’adapter face à l’avancée de la menace djihadiste. Si, dans sa dépêche du 11 août 2026, l’Afp souligne que le Mali compte officiellement plus de 400.000 déplacés, un chiffre jugé sous-estimé par de nombreux acteurs du secteur, cette situation est identique dans tous les pays sahéliens confrontés au terrorisme djihadiste. Si cette crise sécuritaire n’est pas jugulée à temps, il est à craindre que le passif humanitaire devienne trop lourd à porter pour l’ensemble des pays de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel.
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