Alors que le monde célèbre ce vendredi 5 juin 2026 la Journée mondiale de l’environnement, Dr Aliou Gori Diouf a été installé hier ministre de l’Environnement et de la Transition écologique. S’il n’est pas en terrain inconnu, le successeur de Dr Abdourahmane Diouf va tenter d’apporter des solutions à un département dont les défis sont d’une ampleur rarement égalée. Le Sénégal, 32e pays le plus vulnérable au changement climatique dans le monde, flirte avec l’oeil du cyclone : érosion côtière, déforestation, pollution, gestion des déchets, perte de biodiversité et adaptation au changement climatique. Autant de front sur lesquels le ministre le nouveau ministre est attendu.
Le premier signal d’alerte concerne le couvert forestier. Selon les chiffres du ministère de l’Environnement, le Sénégal perd environ 11.536 hectares de forêts par an, sous l’effet du changement climatique et des activités humaines. À cela s’ajoutent les feux de brousse qui frappent régulièrement les régions de Tambacounda, Kaffrine, Podor et Bakel. De plus, l’insuffisance des ressources humaines et logistiques des Eaux et forêts est de notoriété publique.
Sur le littoral, l’urgence est tout aussi manifeste. De Saint-Louis à Djiffer, en passant par Bargny, Gorée, Rufisque, Yoff et le Saloum, l’érosion côtière menace habitations, infrastructures et activités économiques. Le phénomène est désormais considéré comme l’une des principales conséquences du changement climatique au Sénégal, un pays dont plus de 700 kilomètres de côtes concentrent une grande partie de l’activité économique et de la population. Le nouveau ministre devra également gérer le dossier sensible des déchets. La Sonaged bénéficie d’un budget de 36 milliards de FCfa, mais traîne encore une dette héritée estimée à 22 milliards de FCfa. En dépit des progrès enregistrés dans la collecte des ordures, les interrogations demeurent sur l’avenir de la décharge de Mbeubeuss et sur la généralisation du système moderne de gestion des déchets à l’intérieur du pays.
La pollution constitue un autre chantier colossal. La baie de Hann est qualifiée par plusieurs députés de « bombe écologique », tandis que la pollution industrielle continue d’affecter les populations de Hann-Bel Air, Mbao et de l’axe Dakar-Rufisque. À l’est du pays, les eaux de la Falémé subissent les conséquences de l’orpaillage et des rejets toxiques, avec des impacts signalés sur le bétail, les ressources halieutiques et la santé des populations.
Mais le véritable test pour Aliou Gori Diouf sera celui de la mobilisation des financements climatiques. D’ailleurs, lors d’une interview, post nomination, publiée le mercredi 3 juin 2026 dans « Le Soleil », le natif de Nioro l’a inscrit au coeur de ses priorités. En effet, l’Afrique ne mobilise que 10% des financements climatiques mondiaux. Pour inverser la donne, le Sénégal ambitionne de mieux accéder aux fonds verts, aux crédits carbone et au futur mécanisme international « pertes et dommages ». Dans un contexte où les besoins se chiffrent en centaines de milliards de francs Cfa, la capacité du ministre à attirer des ressources extérieures sera déterminante.
À cela s’ajoute la nécessité de faire appliquer la loi sur le plastique, dans un secteur où évoluent près de 2.000 petites unités de production d’eau en sachet, souvent citées comme l’un des principaux obstacles à l’effectivité de l’interdiction. Au fond, Aliou Gori Diouf hérite d’un ministère qui ne gère plus seulement l’environnement. Il est désormais au croisement des questions de santé publique, d’emploi, d’aménagement du territoire, de souveraineté alimentaire et de résilience climatique. Il lui reste maintenant à démontrer s’il sera à la hauteur de l’urgence environnementale.

