Il ne s’est finalement rien passé. L’appel d’un jeune homme invitant les Sénégalais à s’en prendre aux Guinéens n’a pas été suivi. Les « Peuls du Fouta » ont bien ouvert leurs commerces, comme d’habitude, ce mercredi 15 juillet.
Ils ont tranquillement vaqué à leurs occupations, circulant librement dans Dakar et ses environs, sans menaces ni craintes. Exactement comme le veut la légendaire « teranga » sénégalaise. Ce faisant, les Sénégalais ont infligé un cinglant revers à tous ceux qui, à l’image de cet individu, tiennent un discours xénophobe, cultivent la haine et prônent le rejet de l’étranger. Une surprise ? Non. Les Sénégalais savent faire la différence. Ils connaissent leur histoire et restent attachés aux valeurs d’hospitalité et de bon voisinage chères aux pères fondateurs. Il faut toutefois le reconnaître : si cet appel à « casser du Peul Fouta » a lamentablement échoué, c’est aussi, et surtout, parce que des compatriotes de tous bords, conscients des enjeux, se sont levés pour dire stop à l’agenda sans issue ni lendemain de ces fauteurs de troubles. Journalistes, responsables politiques et acteurs de la société civile sont montés au créneau ces derniers jours pour alerter l’opinion et rappeler les liens historiques, profonds et indéfectibles qui unissent les peuples frères du Sénégal et de la Guinée.
De nombreux articles ont été publiés dans les médias. Sur les réseaux sociaux, des Sénégalais lambda se sont également illustrés par des prises de position responsables. Et parmi tous les textes publiés ici et là, il y en a un qui m’a particulièrement marqué : celui de l’ancien juge Ibrahima Hamidou Dème. C’est une réflexion puissante, magnifiquement écrite et d’une grande densité, qui résume avec clarté la profondeur et la complexité du sujet. Tout y est. L’histoire singulière qui unit la Guinée et le Sénégal y est remarquablement retracée. Les implications sociales, la géographie, les liens de parenté tissés au fil des décennies, les enjeux économiques, la complexité du phénomène, ainsi que les conséquences dramatiques qui pourraient découler de la propagation de tels discours, y sont exposés avec rigueur.
Le juge Dème, également président du parti Ensemble pour le Travail, l’Intégrité et la Citoyenneté (Etic), interpelle surtout l’État en insistant sur l’urgence d’agir pour faire échouer le projet funeste de ces prétendus « nationalistes ». Y avait-il besoin d’ajouter quoi que ce soit à ce qui avait déjà été si bien dit ? Franchement, non. À moins de rappeler ce que le Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias (Cored) vient, lui aussi, de souligner : la nécessité de dénoncer la médiatisation des discours stigmatisants visant les communautés étrangères vivant au Sénégal, tout en appelant les professionnels des médias à faire preuve de responsabilité. En clair, le Cored invite les médias à ne pas servir de relais à des discours de haine ni à en devenir les amplificateurs.
« Relayer de tels propos peut influencer certains esprits et, pire, mettre en danger des Sénégalais vivant à l’étranger », prévient le tribunal des pairs, qui condamne vigoureusement « la banalisation de tout discours tendant à désigner l’étranger comme bouc émissaire ». Autrement dit, la presse ne doit pas agir comme une caisse de résonance en offrant une tribune à des propos stigmatisants sous couvert de la liberté d’expression. On le sait bien, en agissant ainsi, elle contribuerait à banaliser l’intolérance et à fragiliser la cohésion sociale.
abdoulaye.diallo@lesoleil.sn

