La Tabaski qui a tenu en otage le Sénégal ces derniers jours se conjugue désormais au passé. L’heure est maintenant au bilan, aux calculs d’épiciers pour voir si on pourra tenir jusqu’à la fin du mois de juin qui risque d’être aussi long qu’un jour sans pain. Et honorer les dettes contractées. C’est le résultat des fêtes et ses dommages collatéraux dans beaucoup de familles. Comme toujours, elle a laissé des poches trouées et des gens qui peinent terriblement à joindre les deux bouts.
Au Sénégal, les fêtes ont toujours été de vrais moments de réjouissances. Nous sommes prompts à nous laisser emporter à de folles dépenses et ne lésinons jamais sur les moyens pour combler nos familles et rendre ces moments agréables. Chaque fête rime avec hausse considérable des dépenses. D’aucuns, parfois éprouvés par la vantardise et incapables de dompter leurs âmes, s’adonnent à des dépenses débridées lors des fêtes et autres cérémonies familiales qui dévorent des sommes colossales qui auraient pu servir dans des choses beaucoup plus utiles. Et le plus désespérant, c’est qu’à l’arrivée, des quantités considérables de nourritures sont jetées à la poubelle, alors que non loin de nous, des milliers de citoyens vivent dans une pauvreté chronique, ne mangent pas à leur faim.
De nos jours, le gaspillage que certains économistes conçoivent comme « la science de la satisfaction des besoins illimitée à partir de ressources limitées » est de plus en plus érigé en règle. Notre environnement social nous y encourage. Nos ressources, si limitées soient-elles, ne nous empêchent malheureusement pas de flamber, en quelques jours voire en quelques heures, nos petites économies que nous avons si difficilement épargnées.
Le malheur c’est qu’au Sénégal, on oublie assez souvent que les lendemains de fête sont toujours pénibles. On se réveille sans un rond ; même pas de quoi se payer un morceau de pain. On colmate à gauche et à droite, emprunte par-ci, par-là, vérifie si on n’a pas oublié quelques pièces ou billets dans ses poches, au fond de son sac, quelque part dans sa chambre. Les plus audacieux n’hésitent pas à vendre une partie de leur patrimoine pour avoir de quoi subvenir à leurs besoins. Et partout, le besoin est le même. On joint difficilement les deux bouts pour essayer de survivre. Même des gens que vous ne connaissez ni d’Adam ni d’Eve n’hésitent pas à vous solliciter. L’argent que tout le monde recherche s’est barricadé et de là où il se trouve, il rit sous cape, raille tous ces gens qui, après chaque fête, se retrouvent dans la même situation. Même le diable qui connaît bien les Sénégalais se barricade pour ne pas y laisser sa queue. Il y a de quoi se camoufler quand des millions de gens recherchent une queue à tirer. On joue à cache-cache avec ses créanciers. Ceux qui ont un véhicule se rabattent sur les clandos, les usagers de taxis se bousculent dans les bus et autres « cars rapides » s’ils ne marchent pas. Les salariés se mettent à compter tristement les jours qui les séparent de la fin du mois en espérant une miraculeuse rentrée d’argent. Ils se mettent à prier pour que les jours aillent plus vite et que leur employeur ne tarde pas à virer leurs salaires.
Malgré cette situation que nous vivons à chaque lendemain de fête, nous nous obstinons à toujours recommencer. Comme si nous n’avons pas assimilé les leçons du passé. Un sage nous répétait sans arrêt que quand nos possessions nous démangent au point de ne pas savoir quoi en faire, il faut en faire profiter aux autres. Que la bonne utilisation de l’argent consiste à ce qu’il soit dépensé dans les nécessités envers soi, sa famille, les nécessiteux.
Avec la conjoncture qui prévaut partout et étrangle le commun des Sénégalais, la folie de la consommation ne doit pas guider nos actes. Il nous faut épouser de bonnes méthodes, car le Seigneur interdit formellement le gaspillage. Chacun doit donc emprunter le chemin de la sobriété et de la modération dans ses dépenses pour s’éviter un stress inutile qui, parfois, peut diminuer considérablement son espérance de vie.
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