Mandoumbé Diop, alias Lamignou Darou, Maguèye Diaw, dit Oustaz Thiep, et Moustapha Ndiaye, alias Ndiaye Touba, de « Feeñal Digital », ont soutenu devant le tribunal qu’ils faisaient de la comédie.
Un argument qui n’a pas convaincu le juge. Tous trois ont été condamnés, mercredi, pour offense au Chef de l’État. Le déroulement du procès a été classique. Le procureur a engagé des poursuites. Le tribunal a ensuite rendu sa décision. Le verdict est tombé. Les « chroniqueurs-comédiens » ont été condamnés et sont actuellement en détention. Le message adressé à tous paraît clair : on ne badine pas avec l’institution présidentielle. Pour autant, faut-il considérer que le débat suscité par cette affaire au sein de la profession est clos ?
À notre avis, non. Le communiqué controversé du Syndicat des professionnels de l’information et de la communication sociale (Synpics) soulève des interrogations et mérite de retenir l’attention de tous les professionnels soucieux de l’avenir du métier et attachés à la liberté d’expression. Nombreux sont ceux qui se sont attaqués au syndicat. Des figures reconnues du journalisme ont notamment critiqué son secrétaire général, l’accusant de « se tromper de combat » en défendant des personnes considérées comme des usurpateurs de la fonction de journaliste. Sur les réseaux sociaux, un journaliste de renom a ainsi estimé que « les chroniqueurs de Feeñal Digital sont des militants assumés de Pastef » et que, par conséquent, le Synpics n’avait pas vocation à les défendre. Un autre d’affirmer qu’« à force de placer sous le même parapluie toute personne évoluant dans un média numérique, le Synpics risque de brouiller la frontière entre le journaliste professionnel, le communicateur, le chroniqueur, l’influenceur ou le militant politique ».
Les détracteurs du Synpics sont clairs : Feeñal Digital n’est pas un organe de presse et ses animateurs ne méritent donc pas le soutien de l’organisation syndicale. Ces arguments peuvent être entendus. Ils ne sauraient toutefois justifier l’avalanche de critiques dirigées contre le Synpics. D’autant que l’organe concerné affiche ouvertement sa ligne éditoriale : être « la voix des patriotes ». Est-ce désormais un crime d’être un média appartenant ou proche d’un parti politique ? Certainement pas. L’histoire récente du Sénégal montre que plusieurs formations politiques ont créé leurs propres journaux.
Cheikh Anta Diop, fondateur du Rassemblement national démocratique (Rnd), disposait ainsi de son journal, d’abord baptisé « Siggi » (« redresser la tête » en wolof), puis renommé « Taxaw » (« se tenir debout »). L’ancien Président Abdoulaye Wade avait, lui aussi, ses publications, « Takusan » et « Sopi », deux journaux lancés dans les années 1980 dans un contexte de domination des médias d’État. « Sopi » deviendra d’ailleurs par la suite le slogan de son combat politique et le cri de ralliement des partisans du changement. Assumer une ligne éditoriale clairement identifiée devrait même être encouragé. Ce qui importe avant tout, ce n’est pas la couleur politique d’un média, mais la transparence de son positionnement vis-à-vis du public. L’exemple français l’illustre bien.
Le Figaro est traditionnellement identifié comme un quotidien de droite, tandis que Libération est historiquement ancré à gauche. Quant à CNews et au Journal du Dimanche (Jdd), ils sont régulièrement présentés par de nombreux observateurs comme des médias ayant adopté une ligne éditoriale située très à droite depuis leur reprise par le groupe de Vincent Bolloré. En définitive, l’étiquette de « professionnel », « partisan » ou « militant » importe moins que le rapport entretenu avec l’information, sa collecte, son traitement et sa diffusion.
Les médias professionnels comme les médias partisans peuvent commettre des erreurs et enfreindre les règles fondamentales du journalisme. Chaque fois que cela s’est produit, la justice a été appelée à sanctionner les manquements constatés. En revanche, qu’ils soient professionnels ou partisans, les organes de presse ont besoin d’un Synpics fort, crédible et respecté, capable de défendre les principes fondamentaux de la liberté de la presse et de l’exercice du métier. Le secrétaire général Cissé a bien cerné les enjeux. Il mérite d’être soutenu et accompagné, dans l’intérêt de l’ensemble de la profession.
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