Une ville sous le feu des projecteurs. Et le nom de Mamadou Sow soudain propulsé sur la short-list des inventeurs sénégalais. « Inventeur » ? Le terme paraît excessif pour qualifier notre compatriote de la vaste et belle ville de Tambacounda.
Certes, l’homme a réfléchi, travaillé durant des années, investi son énergie, son temps, ses ressources dans son projet…. Pour cela, ce maçon de 57 ans mérite indéniablement encouragements et félicitations. Mais à y regarder de plus près, il n’a rien véritablement inventé. Il s’est plutôt contenté d’assembler des pièces de récupération pour concevoir un hélicoptère artisanal. Un engin qui, selon plusieurs spécialistes en aéronautique, ne dispose pas des caractéristiques techniques nécessaires pour décoller.
Dès lors, une question s’impose : comment une telle information a-t-elle pu être relayée sans précaution ? Si l’information a été massivement reprise, alimentant le buzz et les débats sur les réseaux sociaux, c’est en grande partie parce qu’elle provenait de la Rts. Pour beaucoup, la crédibilité du média public suffisait à garantir la véracité du reportage. « On s’est tous dit : c’est la Rts. Et, sans exception, nous avons repris le sujet », confie une consoeur d’un site d’information.
Le point le plus problématique reste toutefois la séquence finale du reportage, où l’on aperçoit un hélicoptère en vol, laissant croire qu’il s’agit de l’appareil présenté par Mamadou Sow. Une illustration trompeuse, en contradiction avec la réalité du projet. Dans le reportage, l’intéressé déclarait : « Il m’a fallu quatre années de travail acharné pour donner vie à cet appareil, fruit d’une passion nourrie depuis le plus jeune âge. J’y ai investi plus de 2 millions de FCfa.
L’hélicoptère est équipé de deux réservoirs totalisant 70 litres de carburant, pour une autonomie estimée à 200 km ». Face à la polémique, Mamadou Sow est revenu sur ses propos dans un entretien accordé à Seneweb, affirmant n’avoir jamais prétendu que son appareil pouvait voler. Il accuse ainsi la Rts d’avoir déformé ses déclarations. Pourtant, les propos diffusés sur la chaîne publique semblent bien être les siens. Ce qui soulève une autre interrogation : s’agit-il d’un malentendu, d’un défaut de montage ou d’une interprétation abusive ? Pourquoi l’ajout d’images d’un hélicoptère en vol, sans lien avéré avec le sujet ? Une pratique qui interroge sur les standards de vérification et de mise en contexte au sein du reportage.
Cet épisode rappelle une règle fondamentale du journalisme : aucune source, aussi crédible soit-elle, ne doit être prise pour acquise sans vérification. Recouper, contextualiser, valider sont des exigences essentielles pour préserver la fiabilité de l’information. Une vigilance qui aurait permis d’éviter cette confusion médiatique. Car si la télévision fascine et sait transformer des récits en images marquantes, elle peut aussi, parfois, brouiller la frontière entre réalité et illusion. Et dans ce cas précis, l’illusion semble avoir pris le pas sur l’information. abdoulaye.diallo@lesoleil.sn

