Un nouvel ordre mondial est en train de se dessiner, difficilement, à travers un choc entre des conflits militaires géopolitiques motivés par la loi du plus fort, et des ruptures économiques. A la montée en puissance de la Chine sur le plan économique et technologique, les Etats-Unis répondent aussi bien par une offensive commerciale (droits de douane) que militaire en ouvrant des fronts par-ci, par-là (Venezuela puis Iran). Mais qui en sortira vainqueur ? Leurs relations complexes sont un cocktail de confrontation et de coopération.L’adversité directe entre les deux pays sur le terrain économique se fait plutôt sur fond d’interdépendance. Le marché américain représente plus de 15% du total des exportations chinoises en 2025, alors qu’au plan financier, plus de 680 milliards de dollars en bons du Trésor américain sont entre les mains de la Chine. Cette phénoménale « remontada » économique mais aussi scientifique a fini de prouver que l’Empire du Milieu est le grand gagnant du nouvel Ordre mondial né au lendemain de la deuxième Guerre mondiale. De position de leaders, les Américains sont de plus en plus dans une posture de riposte pour contenir leur concurrent.
Mais pour avoir les coudées franches, les Etats-Unis sous Donald Trump ont progressivement tourné le dos au multilatéralisme (retrait de l’Organisation mondiale du commerce). Décider unilatéralement de se soustraire aux normes internationales comme ils le font, c’est porter la responsabilité (assumée) de conflits armés à travers des actions directes. Trump ne s’en cache pas, ses actions directes au Venezuela et la tentative de renverser le régime au pouvoir en Iran, loin d’être des actions isolées, obéissent à une logique de gagner la guerre pour l’hégémonie mondiale par les armes ou la persuasion militaire. Il s’agit pour lui de forger le droit par la force, exclusivement au service de ses ambitions économiques et dans le but d’affaiblir la Chine en s’en prenant à ses alliés et en perturbant ses sources d’approvisionnement en matières premières (hydrocarbures, terres rares). Le Venezuela et l’Iran ont en commun leurs énormes gisements de pétrole qui font d’eux des partenaires importants de Pékin. L’empire du milieu achète 80% des exportations pétrolières iraniennes, qui représentent 13% des importations totales chinoises d’or noir. C’est aussi la Chine qui, en 2025, a importé 75 à 80% du pétrole du Venezuela. Mais ce pourcentage devrait fortement chuter cette année avec la déportation du président Nicolas Maduro par Trump.
La guerre entre la coalition américano-israélienne et l’Iran (rappel : les protagonistes observent depuis quelques jours une trêve mise à profit pour trouver une issue diplomatique à la crise) pourrait faire de 2026 une année charnière, un catalyseur pour ce nouvel ordre mondial en gestation. Ce conflit fragilise l’influence américaine à travers le blocage du détroit d’Ormuz par Téhéran, avec comme conséquence une hausse des prix de l’énergie et de sérieuses menaces sur la stabilité mondiale. Trump cherche plus à « neutraliser » l’Iran en rêvant de faire main basse sur son pétrole qu’à sécuriser les flux énergétiques mondiaux. Au-delà des hydrocarbures, c’est l’initiative « la Ceinture et la Route », vaste réseau planétaire d’infrastructures routières et portuaires pour fluidifier les échanges mondiaux, qui est ciblée par Trump. La rivalité sino-américaine est l’illustration parfaite du « piège de Thucydide » (du nom d’un historien grec du IVe siècle) qui renvoie au risque de voir une puissance émergente (la Chine) dépasser celle dominante (Etats-Unis). C’est ainsi qu’il expliqua les motivations et le caractère inévitable de la guerre du Péloponnèse, avec l’ascension d’Athènes face à Sparte. Un nouvel ordre mondial salutaire pour tous passera inéluctablement par une gestion prudente des lignes rouges à ne pas franchir et une reconnaissance mutuelle dans le but d’asseoir les bases d’une coopération stratégique.
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