Le peuple de Dakar est sorti hier, perclus de bonheur. Beaucoup de charge émotionnelle et de passion ont entouré la conquête du deuxième titre continental du Sénégal.
Entre nous et le Maroc, ça ne pouvait pas être simple. Le coach des « Lions », Pape Thiaw, avait eu raison de demander à ses joueurs de partir, car l’enjeu avait fini de tuer le jeu.
Dimanche dernier, il y a eu un but malhonnêtement refusé au Sénégal, un penalty justement accordé aux « Lions de l’Atlas », l’un dans l’autre, la vérité du terrain a parlé.
Il est maintenant question de savoir si des sanctions vont tomber sur la sélection nationale après la bataille psychologique de Rabat. Parce que c’en fut une…
Ce sont des valeurs qui expliquent ce sacre de l’équipe du Sénégal lui valant actuellement toute la clameur au plan international. En dépit de tout ce qu’on a vécu hier, il faudra maintenant se mettre dans la perspective de l’après.
Si des sanctions devaient tomber, elles ne feraient qu’ajouter une couche d’incompréhension à un dossier déjà lourd de tensions. La Fifa et la Caf se retrouveraient alors à juger non pas une faute, mais une réaction humaine à une série de décisions arbitrales contestables.
Parce que, finalement, que pourrait-on reprocher au groupe « Sénégal », sinon que d’avoir réagi en humain ?
Il y a eu une vraie rumba arbitrale congolaise de la part de monsieur Jean-Jacques Ndala, mais comme on le répète à l’envi depuis des jours, ce Sénégal-là était imbattable. Mais passons, nous ne sommes plus sur le terrain du foot…
La Fifa de Infantino et la Caf de Motsepe ne pouvaient pas saisir l’affaire. Le bruit courant depuis le sacre des « Lions » faisant accroire qu’on aurait fauté ne fait que précéder celui qui nous attend pour la Coupe du monde aux Amériques.
Mais quelques rappels s’imposent. Ce n’est pas la première fois que des joueurs décident de quitter la pelouse. Pour ceux qui auraient la mémoire courte, rappelons que notre sélection n’a pas été la première à agir ainsi.
Le 8 décembre 2020, lors d’un match de Ligue des champions entre le Paris Saint-Germain et le Basaksehir (Turquie), une situation bien plus grave a conduit à l’arrêt définitif de la rencontre après des propos racistes attribués au quatrième arbitre envers un membre du staff turc, Pierre Webo.
Simplement pour avoir traité ce dernier de « Négro », les deux équipes ont exigé le remplacement de l’arbitre et ont quitté le terrain. Le match n’a été rejoué que plusieurs jours plus tard.
De même, le 21 novembre 2023, lors d’une rencontre entre le Brésil et l’Argentine, le capitaine argentin Lionel Messi a conduit son équipe aux vestiaires en raison de violences policières contre leurs supporters.
Donc, il n’y a rien de nouveau, c’était un comportement juste, légitime.
Le génie se trouve dans le fait d’avoir quitté la pelouse du stade « Moulay Abdallah » et, en même temps, de voir Sadio Mané demander à ses coéquipiers de revenir, « pour jouer comme des hommes ». Ce fut épique.
Quand la poussière est retombée, les menaces arrivent. Il fallait s’y attendre alors que l’instance faîtière du football mondial a fini de montrer son assujétion à des logiques commerciales et pro-Uefa.
Les incidents de cette finale sont documentés. Les conséquences potentielles sont lourdes. Elles vont de possibles suspensions touchant l’encadrement technique et plusieurs joueurs clés, à la perspective de disputer des rencontres internationales majeures dans des conditions fortement dégradées.
Dans ces conditions, il nous faut absolument protéger notre sélectionneur national et son équipe. En sport, comme en toutes autres confrontations, le mental est déterminant.
Il faut sortir dorénavant de cette compétition. Elle a été éprouvante. Espérons que nos dirigeants vont très vite refermer la parenthèse émotionnelle et entrer dans le temps long de la responsabilité en vue de la Coupe du monde, et ça, nos fédéraux en sont conscients.
Le football de haut niveau ne se joue pas seulement sur la pelouse, il se gagne aussi dans les couloirs feutrés des instances, dans la maîtrise du récit et dans la capacité à rappeler systématiquement ce qui s’est passé dimanche dernier à Rabat.
En attendant les Amériques…
samboudian.kamara@lesoleil.sn

