Face à certaines situations, le consommateur se demande certainement si la célèbre loi de l’offre et de la demande est opérationnelle au Sénégal. Ce principe économique fondamental signifie que le prix d’un bien ou d’un service s’ajuste pour trouver un équilibre entre la quantité mise sur le marché par les producteurs et celle demandée par les consommateurs. Quand il y a une forte demande, les prix ont tendance à prendre l’ascenseur, alors qu’une offre excédentaire devrait les faire baisser. Des prix équilibrés, c’est quand la quantité à disposition et la demande sont égales.
Les choses seraient très simples si ce principe rythmait le marché. L’État n’intervenant que pour réguler. Mais au Sénégal, la récurrence de certaines tensions sur les prix pose problème. À quelques jours du Ramadan, la question revient : y aura-t-il assez de sucre pour les consommateurs en cette période de forte demande ? Car la demande augmente de 20 à 30 % pendant ce mois béni, qui coïncide avec le Carême. Et à chaque fois, la Compagnie sucrière sénégalaise (Css) communique sur ses capacités à absorber cette forte demande. Comme ce fut le cas, le 10 février dernier, lorsque les responsables de l’usine de Richard Toll brandissaient les chiffres et promettaient une couverture optimale du marché.
Ici, on ne peut indexer la forte dépendance aux importations encore moins la faible production locale. La loi de l’offre et de la demande est aussi mise à rude épreuve à chaque fois que l’État décide de geler les importations pour faciliter l’écoulement de la production locale (oignon, pomme de terre, banane). Sans cette politique, il y a peu de chance que nos producteurs puissent faire face à la concurrence des denrées alimentaires importées. D’ailleurs on se rappelle les complaintes des producteurs d’oignon qui assistaient, impuissants, au pourrissement de leurs récoltes, avant cette trouvaille.
Mais une fois que la mesure entre en vigueur, on observe très souvent que les prix ne baissent pas, parfois même ils augmentent, malgré l’importance de l’offre. La chance donnée à la banane locale en abondance (la production de 2025 est estimée à 112.500 tonnes, soit une couverture de plus de 90% de nos besoins), n’a presque pas fait frémir les prix sur le marché, alors que le directeur de l’Agence de régulation des marchés, Babacar Sembène, escomptait une baisse du kilogramme de 1.000 à 800 FCfa.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation qui désavantage la plupart du temps le consommateur, à l’ère de la libéralisation de l’économie et de l’évolution des modes de consommation. L’offre est souvent manipulée pour neutraliser les lois du marché, malgré les efforts de l’État pour protéger le consommateur (renforcement de la loi n° 2021-25 du 12 avril 2021). Les pénuries artificielles par la rétention de stocks de produits censées inonder à suffisance le marché par des commerçants véreux, ne visent rien d’autre qu’à maintenir hauts les prix.
L’État, à travers le contrôle du marché, s’évertue, chaque fois, à traquer les spéculateurs, mais le mal persiste. Et souvent avec la complicité des consommateurs qui ne dénoncent jamais les commerçants qui violent les prix fixés de certains produits. L’opacité dans les circuits de distribution informels, avec une forte présence d’intermédiaires, contribue aussi à ces dysfonctionnements qui fragilisent le consommateur.
Les marges bénéficiaires élevées ne sont rien d’autre qu’un « impôt » prélevé sur les ménages pauvres qui peinent en période d’inflation. Parce qu’elles sont pauvres, les personnes à faible revenu paient les denrées plus cher au détail, faute de pouvoir s’approvisionner en gros. On se lamente, en espérant que l’orage passe, jusqu’à la prochaine bourrasque.
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