Le pouvoir a cette étrange propriété d’aimanter les hommes. Il attire les courtisans comme la ruche attire les abeilles, dans un bourdonnement flatteur, sucré, presque rassurant. On s’y presse, on s’y colle, on s’y brûle parfois les ailes. Mais dès que le miel disparaît, le silence tombe. Et avec lui une solitude épaisse, brutale, presque obscène.
Oumar Sow en fait aujourd’hui l’amère expérience. L’ancien homme fort de l’Alliance pour la République a laissé tomber le masque sur Facebook. Non pas le masque du politique, mais celui de l’homme. Il ne parle ni de stratégie ni d’alliances, encore moins de revanche. Il parle de tristesse. D’un vide qui s’installe quand les privilèges s’en vont, quand les appels se raréfient, quand les regards se détournent.
Il raconte ce moment précis où l’on devient celui qui dérange, celui qui parle trop, celui qu’on évite même dans sa propre famille. Cette famille pour laquelle il dit avoir tant donné, jusqu’à y laisser sa jeunesse et ses forces. Son texte n’est pas une plainte calculée. C’est un cri étouffé. Il demande qu’on ne le juge pas. Il demande seulement qu’on l’écoute.
Il évoque des pensées sombres, lourdes comme des nuages bas, contenues par la foi, remplacées par la prière, le silence ou l’envie de disparaître un instant. Il dit comprendre désormais ceux qui se replient sur eux-mêmes et ceux qui, écrasés par une pression invisible, finissent par commettre l’irréparable. Derrière le responsable politique, on découvre un homme blessé, mis à nu par la perte du pouvoir.
Cette confession n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une longue galerie de destins politiques où la gloire est toujours provisoire et l’abandon souvent définitif. Le Sénégal en a connu d’autres figures. Babacar Ba, le redouté administrateur du compte K2, en est une illustration presque cruelle.
Il fut un temps où son ombre pesait lourd dans les arcanes du Parti socialiste. Il faisait et défaisait des réputations, allait jusqu’à se mesurer à Abdou Diouf pour la succession de Senghor. À son domicile, les visiteurs affluaient jour et nuit, empressés, obséquieux, prêts à toutes les courbettes pour obtenir une faveur ou une protection.
Puis, le temps est passé. Le pouvoir s’est déplacé. Et l’homme est resté. On raconte qu’on le voyait, des années plus tard, assis seul sur un pliant devant sa maison cossue, invectivant des passants indifférents qui ne lui adressaient même plus un salut.
Les anciens admirateurs étaient devenus des silhouettes pressées. Les mêmes qui, hier, faisaient la queue pour lui passer la pommade, ne voyaient plus en lui qu’un vestige encombrant.
Le pouvoir procure des moyens financiers, une visibilité, une autorité qui donnent l’illusion de relations solides. En réalité, il fabrique souvent une clientèle plus qu’une amitié. Au Sénégal, peut-être plus qu’ailleurs, la fidélité va moins aux hommes qu’à la fonction qu’ils incarnent.
On ne suit pas un responsable politique pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il peut encore donner. Quand la lumière s’éteint, il ne reste que les murs et les souvenirs. Oumar Sow découvre, aujourd’hui, cette vérité rude, presque banale, mais toujours douloureuse.
Le pouvoir est une ruche bruyante et chaleureuse. Une fois vidée, elle devient un espace désert, où résonnent les pas solitaires de ceux qui croyaient y avoir bâti autre chose qu’un royaume provisoire.
sidy.diop@lesoleil.sn

